L’Appel de Bookthlu

Une histoire écrite à l’époque du site de bookenstock.com, qui réunissait toute la bande d’écrivain amateur. ^^

 

L’Appel de Bookthlu

 

Une ruelle sombre et tordue, avec pour unique éclairage quelques pales rayons clairsemés en provenance de vieux réverbères avachis. Eric  sortit en titubant d’un immeuble aussi gauche que son allure. Si un passant c’était trouvé là, il aurait remarqué malgré la pénombre, le jeune homme ajuster sa chemise dans son pantalon a la ceinture démise. Son cou était constellé de traces écarlates qui commençaient déjà à bleuir : «  Ah la vache ! Ça fait mal ! Elle est va finir par me former un caillot  avec ses suçons ! Grrrr ! ». Il poursuivit son chemin comme un ivrogne entre les murs humides et blafards des immeubles décrépits. Ses pensées volaient tout haut : « La prochaine fois on restera au platonicisme ! Je me suis fais salement baiser ! grrrr ! Ses charmes sont irrésistibles…atchoum !!! ». Il sortait de chez sa douce et tendre vampiresse. Elle ne lui avait laissé aucune chance, il fut mangé tout cru tel un petit agneau candide aux yeux humide de terreur et de lubricité curieuse. A deux heures trente du matin, seule la lune accompagnait les pas ivres d’Eric le long des quais parisiens, désertés en cette froide nuit hivernale. En quittant le quartier de Mabillon pour s’orienter laborieusement vers le lointain studio de son ami d’enfance, Bernard; il repensa à cette irréelle soirée qu’il venait de passer : Echanges de mots, de souffles tièdes, de caresse…qui avaient laissé sur sa respiration un imperceptible halètement sulfureux. Les eaux noires de la seine tourbillonnaient lentement, en parfait accord avec le flot régulier et hypnotique de ses souvenirs. Son visage épanoui se figea soudain, en même temps qu’un souffle glacé et puissant des rafales de décembre se mit à résonner lugubrement contre ses oreilles. « Oh ! C’est quoi ce bordel ! » Fit-il d’une voie murmurante. Lui qui regardait d’un œil rêveur les reflets de l’eau, aperçut au dernier moment une scène insensée qui ébranla ses membres, stoppa son cœur et agrandi ses yeux bleus. Un homme petit et recroquevillé, caché dans la pénombre des bords de seine, fredonnait à genoux, tenant dans ses bras le corps pale d’un enfant. C’était une jeune fille d’après ce qu’indiquait la robe bleue en lambeaux qu’elle portait. Tachée par une crasse boueuse, sa face était méconnaissable. L’homme grognait tout en gesticulant étrangement. Au-delà de cet insolite spectacle macabre, ce qui effraya Eric ce furent les bras musculeux et verdâtres sortant de l’eau nauséabonde pour saisir le corps raidi que tendu par  le vieillard au-dessus des remous troubles.  Caché contre le rebord en pierre, le jeune noctambule observait cet horrible manège. L’homme âgé, dans une transe frénétique, se mit à chanter, mais ses paroles n’étaient en rien celle d’une langue connue par Eric. Puis le corps de la fillette disparue dans les profondeurs, sous le regard mortifié du jeune homme. Mais le pire arriva au moment ou son esprit égaré commençait à sortir des vapeurs obscurs de cette affreuse vision : à coté de lui se trouvait une plaque d’égout qui soudain se mit à bouger tandis qu’un bruit de raclement se fit entendre sous elle. Sans attendre plus longtemps, Eric fila sans bruit, les yeux exorbité et sans même prendre le temps de respirer. Après une course en apnée qui ne dura que quelques secondes mais qui l’avait écarté aussi loin qu’il put de cet endroit, Eric s’écroula à terre dans un hurlement rauque. « Ah ! pfffffff p’tain faut qu’je rentre chez nanard ! Y me croira jamais ! ». En effet, il ne le crut pas ou plutôt crut que la dose de coke qu’il s’était enfilé lui faisait entendre n’importe quoi. Bernard, les lèvres fendues par une récente bagarre, fumait un petit joins de cannabis, histoire de se refaire une santé. « Je te jure que c’est pas des mito !! ». Les yeux jaunis et fiévreux par les fumées en tous genres qui nimbaient  son imposante silhouette de lutteur underground, Bernard fit mine, par un subtil éclat lumineux dans son regard aimable, qu’il le croyait. « Tiens mon pote, prends donc un p’tit rhum, ça te réchauffera la gueule ! » Fit-il en lui tendant, d’un bras maint fois brisé, un verre rempli à ras-bord. Eric pris une rasade de cet alcool sucré des îles, et se détendit sur le sofa rapiécé de son ami de toujours. «Putain quelle histoire hein ?! » Dit-il sur un ton qui se voulait enjoué, mais qui ne démontra qu’une accablante nervosité. « Ouais sûrement ! Prends encore un verre ! Allez hop ! A la tienne étienne ! » Lança Bernard d’un ton jovial et incrédule. A la seconde gorgée de se liquide brûlant, Eric sombra dans des délires éthyliques qui n’arrangèrent pas son choc, car il voyait toujours ces bras robustes sortir de l’eau pour agripper fermement le cadavre d’une gamine. Mais bientôt la fatigue le plongea dans les ombres d’un sommeil aux profondeurs insondables. « Pauvre vieux, cette nana lui aura causé un caillot avec ses fichus suçons… ». Jusqu’à six heures du matin, Bernard resta debout, bras croisés sur la courbure de son torse nu, face à sa fenêtre ouverte, respirant sans qu’aucun frisson ne parcoure sa peau, l’air glacial de cette nuit de pleine lune. Le front plissé par une méditation profonde il pensait, tout en massant ses restes d’oreilles lacérées par des combats terribles contre des adversaires bestiales. « Tout cela doit être une coïncidence… » lâcha-il pour seule réponse contre le silence scrutateur des ténèbres.

 

*****

 

 

Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Eric émergea se ses cauchemars. Bernard était parti, laissant simplement une note sur un journal auprès de l’épave qu’était son ami, prostré et couinant de temps à autre pendant son lourd sommeil. Il lut la note avec des yeux aux paupières à demi ouvertes : « Je suis parti pour un job,  je ne rentrerai pas. Lis le canard que j’ai laissé ». Les lignes de l’article sautaient devant ses yeux rougit par une infernale nuit porteuse d’une brume aux spectres cadavériques. Mails il réussit à focaliser son esprit sur la photo : sa tête fut soudainement prise d’une insidieuse secousse électrique qui le réveilla pour de bon. La fille portait une robe bleue à l’identique de celle qu’il avait discerné sur le corps sans vie de l’enfant. D’après le journal, cette fillette avait disparu voilà déjà deux jours. Il lut les détails de l’affaire, les mains prise de convulsions et le front suintant, dans ce simple journal aux pages crasseuses. Sans se poser de question il courut en dehors du studio délabré de Bernard, se dirigeant, débraillé comme il était, en toute hâte vers le commissariat le plus proche. Il attendit trente minutes éternelles, pendant lesquelles la justice traînait devant la machine à café en fumant gitane sur gitane. Il fut mis en relation avec un inspecteur chargé de l’enquête qui l’invita cordialement à venir dans son bureau pour saisir sa déposition. Un grand gendarme blond courbé sur sa machine à écrire, les oreilles alertes, attendait impatiemment le témoignage oculaire qui sortirai de la bouche d’Eric. L’inspectrice se présenta courtoisement : « Mon nom est Canova,  Inspecteur Canova chargé des affaires de disparition. Voici mon subordonné Tex qui prendra votre déposition. ». L’inspectrice était une femme au regard pétillant d’une froide résolution. Son visage, enténébré par des cheveux longs et anarchiques, portait en lui une force de caractère capable de brûler le soleil lui-même. « Bon, allons-y ! Votre non et votre prénom s’il vous plait. »

-« Moutier, Eric »

-« Que faisiez-vous seul dans la rue à une heure aussi tardive ? »

-« Je sortais de chez ma copine… »

-« Evidement…une cheminée à ramoner pour l’hiver je suppose ? Hum ! Agent Tex, effacez ce que je viens de dire. Bon reprenons. Qu’avez-vous vu exactement ? »

Eric raconta tant bien que mal ce qu’il avait vu, omettant tout de même le plus répugnant des faits : les bras surgissant de l’eau, empoignant la jeune fille vers les fonds vaseux du fleuve.

-« Pourriez-vous reconnaître cet homme si on vous le montre ? »

-« Oui, son faciès n’était pas commun… »

-« Connaissiez-vous la victime ? »

-« Euh !…non, pas du tout »

-« Mmmm…bien, mais j’en doute ! »

-« Hein ! ? Mais j’ai rien fait moi !!! »

-« Hé ! Je vous testais. Ne quittez pas la ville, nous vous convoquerons bientôt pour venir voir des suspects »

-« Bien…au revoir madame… »

-« Inspecteur…merci pour votre collaboration ». Elle ferma son dossier d’un coup sec et serra rudement la main tremblante d’Eric, qui quitta le commissariat plus apeuré que soulagé. Canova en méditation sur sa chaise, essayait d’éclaircir les méandres de cette affaire aux chaînes multiples, qui s’entrechoquaient au rythme d’un tumulte sortit des profondeurs malsaines du gouffre de la démence humaine. « Tex…suis donc ce p’tit branleur, quelque chose me dit qu’il a mit le doigt sur un point important ». L’adjoint se leva d’un bond, droit comme un i, et enfila son trench coat de l’armée. « Tex…Sois discret et pas de fusillade cette fois… ». Le molosse aux épaules carrées, arqua un sourcil blond en signe de stupéfaction : « Mais la dernière fois je vous assure que cette grand-mère était armée d’un fusil à pompe au canon scié…on en a déjà parlé inspecteur ! Je n’avais pas le choix… ». Canova soupira mais d’un geste compatissant pour son fidèle adjoint, lui indiqua que l’affaire était close. Sur ce elle rajouta tout de même : « Prend juste l’arme de service, pas ton M16,  ok ? ». La mine dépitée, Tex, un ancien commando de l’armée russe nationalisé français depuis trois ans déjà, posa sur la table son M16 ainsi que son Beretta plaqué or. Surprise Canova s’exclama « Tiens donc ! Je l’avais oublié celui là ! ». Le militaire au pas de course s’éloigna de son supérieur pour retrouver quelques instants plus tard le dénommé Eric Moutier, le regard songeur, au abord d’un troquet à l’apparence insalubre.

 

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Sous les violons enchanteurs de Vivaldi, Samy buvait un martini blanc dans un verre de cristal si fin qu’on aurait pu croire qu’il faisait léviter entre ses mains la petite olive verte baignant dans la liqueur. Ses yeux entièrement noirs fixaient attentivement un tableau gigantesque qui était le seul atout de cette pièce caverneuse dénuée du moindre ornement. Il représentait une créature présentant aussi bien des caractères humains que de céphalopodes. Samy, habillé d’un smoking noir impeccable offrait un contraste saisissant dans ce décor insolite. Un second personnage fit irruption dans la salle, en se fondant dans l’ombre inhumaine de l’homme aux yeux ténébreux. « Maître…l’alpha a été envoyé, les profonds nous promettent pour bientôt l’oméga » souffla-t’il d’une voix gutturale qui se répandit comme une volée de spore infectieuse dans toute la grotte. La musique sortant de nulle part s’interrompit. Dérangé dans sa contemplation, le maître regarda son valet d’un œil furieux. « Misérable ! Si tes nouvelles n’étaient pas aussi agréables, je t’aurai fais pourrir sur place ! ». L’être servile se prosterna face contre terre, tandis que Samy commençait à s’exalter de nouveau : « l’enfant mettra au monde les milles rejetons de notre seigneur Cthulhu ! Dagon portant la semence bienfaitrice dans l’hymen sacré mènera un coït sans fin avec les vierges que nous lui offrons ! Va Anakron ! Rassemble mes sectateurs ! Car ce soir je veux que le sang coule à flot, je veux baigner mon corps nu dans le sang des sacrifiés ! ». L’ignoble valet, riant en entendant cela, se précipita sur sa monture décharnée, un cheval mort depuis fort longtemps encore animé par une flamme maléfique. On entendit dans les bois de fontainebleau, un hennissement lugubre qui força les arbres de la forêt transit de froid à s’écarter en grinçant du cavalier de la mort rouge, porteur des douleurs inconcevable du puits des enfers. Il y avait juste un léger souci qu’il devait faire régler de suite. Un fait qu’on lui avait rapporté, mais qu’il occulta devant son maître : Un homme avait vu…et cet homme savait.

 

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« Toute façon la vie est dégueulasse avec ceux qu’on dans les yeux trop d’amour ou trop de haine ou trop des deux !!! » Vociféra le pochetron en chantant d’une voix criarde. « Ouais ! c’est ça, si tu veux… » fit Eric accoudé au bar. Cet ivrogne commençait à lui froisser les nerfs. « Toi t’es un pote…hip ! » Fit l’autre en plaquant sa face rougeâtre contre celle du jeune homme, qui put sentir à son grand désarroi une répugnante odeur de vinasse. Mais ce qui ennuyait réellement Eric, ce  n’était pas seulement l’haleine puante de son voisin prisonnier pour plusieurs années de mariage avec dame alcool, mais surtout ce grand blond à la carrure monolithique dont les poings sentaient la viande fraîche. C’était l’agent qui avait frappé à la machine son témoignage. Aussi silencieux qu’un taureau pris de frénésie meurtrière dans une fabrique de porcelaine, il était entré en fracas dans le bar, demandant un bloody mary sans glace. Puis il alla s’écraser sur une chétive chaise de bois, pour ne plus lâcher l’image d’Eric copiée-collée sur sa rétine fixe et obstinée. « La vie est courte mon gars ! Moi j’ai tout foiré ! … ». Eric se pris la tête dans un geste de lassitude, exaspéré par cette journée froide qui visiblement s’annonçait médiocre du début  jusqu’à la fin. Le soiffard prenant ce geste pour un signe de compassion fraternelle à l’égard de ses propres tourments se mit à taper vigoureusement le dos d’Eric en symbole de gratitude : « Pleure pas mon gars, tu sais la vie m’a pas tout enlevé…elle m’a laissé cette putain de gnole ! ». Le barman compréhensif mit fin à cette torture mentale en quelques paroles sensées : « oh ! Marcou ! Arrête un peu ton cirque ! N’importune pas mes clients ou cette sacrée gnole tu vas la perdre aussi ! ». Dépité, le clochard se renfrogna en ronchonnant : Un flot d’injure calomnieuse mais inaudible se perdirent dans sa barbe rousse hirsute. « Merci Dom… » Fit Eric avec soulagement. Il entreprit de finir son verre, mais il lui fallait résister à l’âpre désir de se saouler  pour oublier ses soucis. Ne sachant pas comment arranger sa situation, il se prouva à lui-même que ce n’était peut-être pas une idée si saugrenue. Bientôt Dom fut dans l’obligation d’expulser gentiment Eric et Marcou qui s’étaient mis à beugler ‘la Javanaise’ en chœur. Tex les suivit sous l’œil inquiet de Dom : « C’est quoi ce bolchevique ? Me méfie des gars de l’Est ! Il serait capable de les détrousser, et ça fait un moment que ce bœuf reluque Eric…Hé ! Calouet ! ». Il s’adressait à un motard accoutré comme celui des ‘village people’. Mais on pouvait sentir une terrifiante virilité dans les yeux qu’il arborait, dont le vert profond était semblable à la flore d’une jungle sauvage. Savant mélange entre Terminator et le chanteur Renaud, Calouet était le protecteur des soûlards, frappant de sa chaîne de vélo devenue écarlate, les petites frappes au jogging remonté au-dessus du mollet qui arpentaient les rues sombres tels des meutes de loups faméliques. Comme son regard restait impassiblement figé, Dom s’écria :« Oh ! tu m’écoute ? Tu devrais arrêter d’écouter Motorhead en boucle… ». Sur quoi le motard sans moto, armée de son lasso de fer sortit en répondant un évasif « No problémo, I’ll be back ». Dom essuyant ses verres, se demandait s’il avait bien fait.

 

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Il se produisit un évènement inattendu : alors que les deux ivrognes parcouraient les petites ruelles sombres du Marais en chantant d’une voix nasillarde, ils furent soudainement pris en étau par une bande de clochards aux traits grotesques. Ceux-ci, armés de planches cloutées et de tesson de bouteilles, acculèrent contre un mur humide couvert de moisissures noires, les deux promeneurs nocturnes. Eric et Marcou à peine conscient du danger les insultèrent en brandissant leurs bouteilles à demi-pleines de whisky. La face de leurs agresseurs portait des traits propres à ceux des poissons : nez quasiment inexistant, lèvres épaisses et baveuses, yeux globuleux…Les deux compères furent roués de coups sans que les clochards ne fassent usage de leurs armes rudimentaires. Réduit à l’état de viande bleui, les deux hommes étaient ventre à terre, les yeux retournés en signe de profonde léthargie. La bande s’écarta alors pour laisser passer un de leur pareil : Le vieillard, qui avait jeté la petite fille dans les eaux troubles de la seine, se tenait devant Eric. « Tuez le ou Anakron nous punira ! » Jeta-il à ses hommes en guise d’ordre. Les êtres dégénérés levèrent leurs armes primaires, s’apprêtant à abréger la vie des deux hommes. Leurs ombres difformes grossirent et recouvrirent comme un froid suaire les silhouettes à terre. Mais dans ruelle surgit une ombre imposante qui repoussa celle des hommes au faciès d’anguilles. Un motard faisait face aux assassins loqueteux. Sa chaîne de vélo fusa comme un éclair, heurtant de plein fouet deux d’entre eux. Ils s’écroulèrent, une gerbe de sang jaillissant de leur crane défoncé. Il fit tournoyer sa chaîne tout en avançant, promettant un sort identique au premier qui oserait lui faire face. Ils lui firent face en hurlant, agitant leurs tessons de bouteilles. Deux vinrent s’éclater face contre le mur, et lentement s’étalèrent sur le sol poisseux. Il accueillit un troisième assaillant, coupant net sa respiration d’un coup de poing bien sentit dans les tripes. Celui-ci s’effondra dans un gargouillement résigné. Le vieillard pesta dans sa longue barbe crasseuse : «  On se reverra mon gars, on ne défi pas impunément Hénoch ! ». Absolument insensible à cette menace, Calouet cracha au vieux d’aller se faire voir chez les Grecques. Hénoch furieux, siffla entre ses dents effilées, jetant un œil lourd d’hostilité au sauveur dur à cuir,  puis avec le reste de ses hommes se retira prestement dans l’ombre, non sans un dernier avertissement : « Nous vous aurons ! impossible de nous fuir ! ». Calouet tortilla sa longue moustache dans une attitude béate d’autosatisfaction. Il ajusta un peu sa coque à la façon d’un ‘Michael Jackson’, puis se mit à chercher son portable pour appeler une ambulance. Il s’arrêta soudainement, cessant toute activité hormis celle de lever les mains et d’écarter les jambes. La pointe d’un canon de revolver chatouillait ses omoplates. Tex, une sacrée bosse sur le crane, surveillait le ‘Mad Max’ parisien avec attention. La colère ridait sa face, créant des ombres inquiétantes sur son visage dur et sec. « Alors enculé ? Tu croyais qu’un seul coup de clef a molette m’enverrai ad patres ? T’es en état d’arrestation, toi et tes potes ! ». En quelques minutes les ruelles enténébrées furent illuminées par les éclats rouges et bleus des gyrophares des véhicules de la gendarmerie. Plusieurs ambulances blanchâtres transportèrent des corps bien plus pales que les tuniques livides des conducteurs.

 

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Hénoch se tenait à genoux, en signe de respect devant le cavalier de la mort rouge qui scrutait celui-ci avec une colère grandissante. « Ainsi un homme t’a vu, et viens d’échouer dans la tache, pourtant simpliste, d’effacer toute trace de son existence. ». Il se sentait honteux d’avoir ainsi montré son incapacité au sein du grand ordre des adorateurs de Cthulhu. Ses mains crochues agrippèrent ses genoux avec nervosité. « O porteur de la voie engloutie par les éons, je vais me racheter. Ce soir leur compte est bon ! j’en fais serment devant celui qui dort en R’lyeh ». Anakron, craignant un nouvel échec, qui aux yeux de son maître serait une injure, foudroya de son regard impitoyable le chef des hybrides et ajouta d’un ton méprisant : « Si tu échoues cette fois-ci, ta vie prendra fin au moment même ou mon ombre croisera ta silhouette décatie de bâtard profond ! Alors ne me déçoit pas ! ». Conscient de sa chance, le chef des êtres corrompus s’inclina respectueusement jusqu’à ce que son front touche la terre gelée et dure du cimetière de Monmartre.

 

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« C’est une honte ! Je n’ai rien fait ! Depuis quand enferme t’on des gens qui se sont fait tabasser ? ». Depuis une heure, Eric flanqué contre les barreaux grillagés de la petite cellule aux recoins sombres, hurlait à des gendarmes sourds ou invisibles le fond de sa juste pensée.

Marcou, le visage parsemé de contusions légères regardait fixement le plafond en quête de quelques constellations scintillantes dans les ténèbres oppressantes de cet endroit qui baignait dans un silence lourd de reproche. Calouet était comme un fauve en cage, ses yeux brillaient d’un éclat de révolte incontrôlable. Il trépignait avec impatience en tournant laborieusement en rond dans la paume de ce bouddha de pierre séquestrateur. Il était déjà deux heures du matin et le commissariat était quasiment vide. Seul élément d’activité, le légiste qui était venu analyser les corps en piteux états des deux clochards. Il ne comprit pas exactement d’où pouvait sortir de tels individus : Leur physionomie possédait autant de traits humains que de traits comparables à ceux des poissons. Par exemple leur peau sécrétait une sorte de substance huileuse et nauséabonde qui fit grimacer le légiste : « Pouah ! C’est ignoble ! ». Tex présent pendant l’autopsie était occupé à se recoudre l’entaille que lui avait causé le coup traître de ce satané ‘village people’. « Hmf ! Hé ! Céline, arrêtes de râler, après tout c’est ton boulot… ». Céline Forgues ajusta ses lunettes tombantes, soupira, et planta rageusement son scalpel au niveau du thorax pour commencer la dissection. Ce qu’elle vu lui apparu surréaliste : Des branchies atrophiées, sous cutanées, étaient superposées aux poumons violacés. « Mince c’est quoi ces mecs ? Tu les as trouvé dans un cirque des atrocités ? ». Tex qui n’avait pas du tout remarqué à quel point les macchabées étaient étranges d’un  point de vue scientifique, répliqua : « A Paris y’a toutes sortes de gens, c’est un vrai melting-pot… ». Le légiste désespéré, continua tout seul à s’épouvanter de l’état inhumain des clochards. En elle-même, elle pensait tenir là une clef pour un futur succès médiatique qui l’emmènerait loin de ces pénibles taches ingrates. Ces morts, si elle en parlait aux gens qu’il fallait, lui rapporteraient beaucoup de bénéfices.

 

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Il neigeait. Les lumières de la ville disparaissaient dans un halo d’une blancheur douteuse. On ne voyait rien distinctement à un mètre de soit, et encore fallait-il pouvoir garder les yeux ouverts sans avoir peur de prendre une flopée de flocon gelé au combien irritant. C’est dans ces conditions que la petite tribu de dégénéré, menée par Hénoch, entra dans le commissariat endormi. Comme des ombres, ils passèrent furtivement au nez et à la barbe des gardiens, trop occupés à regarder un matche de football médiocre sur un petit écran de télévision aux images criblées de fréquences parasites. La moitié d’entre eux fila silencieusement vers la morgue, et l’autre vers les cellules de détention, se faufilant dans l’angle mort des caméras. L’agent en faction devant l’entrée du vaste couloir des cellules, essuyait ses lunettes grasses contre un vulgaire tissu de mouchoir en piteux état. Yvain Coste était écris sur son badge plastifié sur un fond aux couleurs du drapeau français. Ce jeune freluquet était aussi myope qu’une taupe pouvait l’être, et l’état de propreté de ses verres était pour lui une condition vitale pour le maintient de son existence. Ainsi, après les avoir nettoyé avec précaution en chaque recoin, il remit délicatement sur le bout de son nez reniflant, ses précieuses « pourvoyeuses de vue ». Alors une image insolite lui sauta aux yeux : Un humanoïde au faciès de maquereau le fixait attentivement. Ses épaisses lèvres baveuses étaient entrouvertes, et une série de fines dents désordonnées émergeaient de cet antre putride. Yvain pris d’une soudaine panique retira ses lunettes, les essuya derechef avec une attention laborieuse, puis les inséra de nouveau sue sa face blêmissante. Rien n’avait changé. Sauf que cette fois, des hommes à l’identique du premier venu, s’étaient massés autour de lui. Cédant à la folie, le garde exerça sur lui-même la fameuse prise de Mr.Spoke, qui pour plusieurs minutes l’aiderai à retrouver un calme serein dans une profonde torpeur. Débarrassé de ce gêneur, les créatures difformes entrèrent dans le couloir faiblement éclairé. Au même instant ou Yvain s’écroulait sur le sol aseptisé du commissariat, Tex se fit assommer par derrière, une seconde bosse faisant sailli sur son crane. Céline sentit une main écailleuse couvrir sa bouche qui forma un ‘O’ stupéfait en voyant l’imposante carrure du russe s’étaler de tout son long sur le carrelage javellisé de la morgue. Entre temps Hénoch, devant les barreaux, seuls et uniques obstacles le séparant de ses proies, jubilait déjà. Les portes s’ouvrirent en silence, ne réveillant aucun des trois détenus exténués, qui dormaient d’un sommeil serein où l’insouciance se mêlait à des rêves étranges sans couleurs ni paroles. Il tira des lambeaux de son épaisse robe, une large dague effilée couverte de runes antiques aux émanations impures. Ses yeux globuleux luirent dans la pénombre surnaturelle, et au fur et à mesure que la pointe se rapprochait de la tendre gorge de sa victime, sont rictus aux dents acérées de requin accentuait les traits cruels de sa face. Eric, inconscient du danger couru par cette lame assoiffée de sang qui se posait délicatement sur sa gorge, voyait dans ses songes les bras de sa tendre maîtresse caresser son front brûlant de passion. Soudain, un grondement sourd, suivi d’un hurlement retentirent dans l’ensemble du bâtiment. Les bras se défilèrent, Eric tenta en vain de les ramener à lui, ceux-ci le repoussèrent en griffant son visage inondé de larme cristalline. Puis son rêve pris fin. Sa joue saignait. Calouet était aux prises avec  le vieillard loqueteux qui les avait menacé, et Marcou se débattait comme il pouvait face à trois assaillants enragés. N’écoutant que son courage, Il se mit à crier de sa voix stridente. Mais son appel à l’aide fit un écho suivi d’aucune réponse. Deux immondes sectateurs sautèrent sur lui, le clouant au sol brutalement. Une de ses dents sauta. Marcou n’eu pas plus de succès, et fut plaqué sèchement contre le mur de la pièce étroite. Son arcade sourcilière se fracassa contre le béton crépu dans un bruit sourd. Calouet eu bientôt sur lui tout le groupe de sectateur, mais avant d’être mit hors d’état de nuire, il réussit tout de même à décocher vivement quelques coups de santiags cloutées contre les tibias branlant d’Hénoch, qui éreinté de cette douleur finit par lâcher sa dague dans un glapissement haineux. Dans la morgue, tenant son Beretta plaqué or au canon fumant, Tex fixait son dernier adversaire avec une froide détermination. L’ignoble créature tenait Céline contre lui sous la menace d’une large lame de rasoir dentelé, maculée de trace de sang séchée. Tous ses congénères avaient été mit en pièce par la rafale tonitruante du militaire fou furieux, qui voyait en cette seconde bosse, une insulte suprême vis à vis de la terrible réputation qu’il s’était forgé au fil des années douloureuses et longues, de son parcours initiatique sur la voie du guerrier. Son titre de ‘Méta Baron’ était en jeu, pas question de céder d’un iota ! Il tira avec la rapidité du puma et la précision de l’aigle. La bête décharnée explosa dans une gerbe gluante de sang noir. Céline tomba à la renverse, inanimée, trop éprouvée pour continuer à rester consciente dans cette réalité trop atroce. Galant à ses heures, Tex déposa délicatement le corps léger de Céline sur une des tables d’auscultation. Puis rechargeant son arme, il se précipita vers le centre de détention d’un pas semblable à celui d’un Panzer lancé à fond de cinq. Il marcha sur le corps assoupi du malheureux Yvain Coste qui poussa un cri de douleur rauque. Celui-ci se mit à la recherche de ses lunettes, qu’il écrasa maladroitement dans son tâtonnement apeuré : «  Ah ! Merdeeuh! »Fit-il en émettant un grognement de dépit. Hénoch qui avait réussi à faire immobiliser le biker infernal se mit à chercher sa dague rituelle. Mais avant qu’il ne puisse s’en saisir, celle ci fut projetée au loin par une rafale de Beretta. L’ex-soldat et l’ancien sectateur se dévisagèrent une fraction de seconde mais aucun n’eu le temps de réagir avant que la tornade ne déferla. Yvain fut le premier à discerner le nouvel arrivant entre les fêlures de ses verres esquintés. La silhouettes qui se dressait devant lui acheva de le rendre dément et dans un ultime cri dépourvu de raison : « Ceriiiise !!! », Il exerça une fois encore sur lui-même la fulgurante prise de Mr.Spoke. Hénoch en voyant cet être surdimensionné senti ses forces défaillir : « Pitié maiiiiitre ! ». Ces yeux se révulsèrent et sa chair se mit à se flétrire à une vitesse inconcevable. Tex n’osait pas se retourner, de peur de finir aussi en  vulgaire tas de chair poussiéreuse. Le cavalier en profita pour l’écraser, sans le moindre effort, contre le mur latéral, s’y reprenant plusieurs fois pour être absolument certain de la totale incapacité de son chétif adversaire de se relever ensuite. « Jamais deux sans trois dit on… » finit-il par dire avec une pointe d’humour dans la voix caverneuse qui jaillissait de son corps putréfié. Le reste des demi-profonds se figea. Avec mépris, Anakron, porteur de la folie et des essaims meurtriers des vallons ténébreux de Yuggoth, leur ordonna d’emporter les trois humains hors d’ici. « Allez-y misérables avortons, moi je m’occupe de nettoyer les traces de votre lamentable échec ! ».

 

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Marie Canova en arrivant ce matin eut envie de se faire bonze pour le reste de ses jours. Quel merdier ! : Un agent devenu cinglé. Tex réduit à l’état de momie se nourrissant avec une paille. Céline muette comme une carpe, prise d’une étonnante phobie pour les poissons. Et trois évadés en prime, et pas des moindres ! « Ah pourquoi j’ai merdé comme ça ? ! » Dit-elle désespérément à son verre vide depuis des lustres. Plein de sagesse, Dom lui servi un petit calva maison qui avait la vertu de tordre les boyaux. Mais elle en avait terriblement besoin : « Putain d’Eric Moutier ! Suis sure que c’est sa faute ! ». A la mention de ce nom, une ombre vaste et pleine se détacha de la masse sans forme et désœuvrée des clients aux regards torves. Son visage était couvert de coupures, ses oreilles déchiquetées et ses poings bleui par des coups répétés contre des troncs robustes d’arbres insensibles.  Ses yeux bleus pales exprimaient une flamme secrète à l’ardente destinée. « Bonjour madame, j’ai cru comprendre que Mr.Moutier ne vous était pas inconnu. Savez-vous où il se trouve ? ». Dom en sifflotant s’en retourna à ses verres dont l’éclat cristallin, que lui seul pouvait cerner, reflétait les rides épaisses de son front millénaire. Personne n’avait jamais vu Dom autrement qu’en simple barman. Aucun être n’avait jamais remarqué sa barbe ancestrale, ses sourcils broussailleux et ses doigts noués… « Dom m’a dit qu’un certain Thibaut Giraud pourrait m’aider à retrouver Eric… ». Canova sursauta : « Giraud ! Le psychiatre devenu cinglé ?… »

 

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Les eaux vaseuses du lac souterrain étaient en ébullition en dessous de la cage d’acier suspendue à une mince chaîne fébrile aux oscillations rythmiques. Ce pendule était la prison inquiétante de trois hommes terrorisés : Eric, Marcou et Calouet. Leurs yeux étaient remplis d’un effroi superstitieux à la vue du macabre spectacle qui s’offrait à eux. Des êtres répugnants survenant des pires contes pour enfants, dansaient en cercle autour des flammes d’un improbable bûcher. Les corps rigides d’une trentaine d’homme et de femme brûlaient avidement, tel un gigantesque holocauste païen sur un autel sacrificiel. Les créatures gluantes dévoraient les membres calcinés des malheureuses victimes dont l’œil mort et retourné exprimait une terreur ineffable. Une par une, elles furent égorgées sous le regard incrédule des trois prisonniers, qui n’arrivaient pas à croire l’impensable tragédie qui offrait ses charmes avenants à leurs pieds fuyants. Une sorte de prêtre au smoking taché par des flaques de sang graisseuses, présidait cette assemblée bestiale en poussant des hurlements inhumains : « Eiii ! Na R’lyeh g’naï Cthulhu ! N’gaï ceï-eiiii ! ». Les abominations répétaient en chœur cette malsaine louange qui se répercutait en s’amplifiant contre les parois humides de l’immense caverne. Marcou désirai plus que tout au monde, boire une rasade de vodka qui aurait pu l’aider à s’échapper ce cauchemar peuplé d’êtres amphibiens aux yeux rendus écarlate par un régime exclusif de viande saignante. « O mon royaume pour une triple vodka !!! ». Calouet qui serrait les dents sans dire mot, laissa glisser un sifflement craintif. « Chuuut… » Fit Eric dans un chuchotement inaudible, dont les yeux omnibulés par cette orgie impie avait cessé de cligner toutes les trois secondes pour rester obstinément ouvert. Face à ce spectacle insensé, chacun restait dans une contemplation muette ou le cerveau pédalait impuissant contre les courants terribles de l’incertitude et de la peur.

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L’inspectrice Canova, suivie du lutteur Bernard, entra dans la cellule capitonnée. Une puissante odeur de peur mêlée d’urine leur sauta au nez comme un crotale aux crochets gorgés à ras bord d’un poison mortel. Thibaut Giraud croupissait dans un recoin sombre de la cellule. Ses deux yeux fixes brillants d’une lueur maladive dans la pénombre. Sans se laisser impressionner par le regard menaçant du psychiatre dément, l’inspectrice interpella l’homme d’un ton sec. « Mr.Thibaut Giraud, nous avons des questions à vous poser, et j’aimerai votre entière coopération… ». Un ricanement malveillant teinta à ses oreilles, mais impossible de dire s’il venait précisément de l’aliéné…Le détenu brisa le silence oppressant par cette simple question : « Que cherchez-vous ? ».

-« Je veux savoir qui a attaqué mes hommes hier soir, ils étaient…d’après les survivants…inhumains ».

-« Face de poisson, yeux de crevettes… »

-« Mon expert légiste m’a vaguement parlé de quelque chose comme ça… »

-« Dents de requin, yeux d’ombres…leur maître à une cape en peau humaine hihihi »

-« Oui, oui…alors ou puis-je les trouver ? »

Le ricanement surgit de nulle part se fit entendre encore une fois, mais cette fois ci il était beaucoup plus méprisant et sauvage.

-« Vous ne trouverez rien d’autre que la mort… »

Bernard exaspéré par tant de mystère s’écria sur un ton rageur : « Sale connard ! Si tu sais quelque chose t’as plutôt intérêt à nous le dire ! ». De façon monotone et visiblement insensible à la colère de Bernard, il reprit ses phrases incompréhensibles : « Moi qui ai vu les confins de la raison s’effondrer pour distinguer un nouvel horizon, obscurci par les astres bourdonnant de la nature même des choses, je me suis enfui en votre monde pour ne plus souffrir ». L’homme habillé d’une camisole de force totalement  déchirée, s’écarta des ténèbres de la chambre pour apparaître aux cotés de l’inspectrice. Son visage n’était qu’une mosaïque de souffrance, et ses orbites vides des gouffres sans fins aux douleurs intolérables. Avec une voix d’outre tombe il cracha à la face de la femme surprise : « J’ai du les retirer moi-même pour cesser de voir la vérité sous jacente à notre conception erronée du monde, mais je sais que le repos ne viendra jamais…jamais… ». Instinctivement Canova avait posé sa main tremblante sur la crosse de son arme. Tandis que Bernard sous l’afflux d’une montée d’adrénaline avait senti tous les muscles de son puissant arsenal corporel se dresser pour riposter à toute attaque. « Vos amis sont déjà morts ! Sûrement à moitié rongés par des dents inhumaines… » Dit-il en sifflant sournoisement, tout en balançant sa tête dans un mouvement hypnotique. Canova à bout de nerfs s’écria : « Dites moi ou ! Ou sont-ils ! »

-« Les égouts…ils vous mèneront jusqu’à une grotte située sous fontainebleau…seulement… »

-« Seulement quoi ?! »

-« Seules les deux succubes vous guideront en son domaine à lui. Car elles seules connaissent par cœur ce dédale infernal ! Mais… »

-« Il ne faut pas leur faire confiance j’imagine ?… »

-Elles sont voraces…très voraces…héhéhé ». Sur ce, le malade leva sa main droite réduit à l’état de moignon. Les deux investigateurs excédés quittèrent en toute hâte ce psychiatre damné, sous le souffle d’un ricanement féroce.

 

*******

 

 

 

Les deux fillettes mangeaient goulûment avec les mains. Pounkiz et Titi faisaient le plein de calorie dans le boyau étroit d’une canalisation d’égout oubliée depuis des lustres. « Mmm pauvre Jimmy, ça me fait de la peine… » fit Pounkiz la bouche pleine. Sa sœur trop occupée à rogner la chair collante d’un cubitus ne répondit rien. Pounkiz imperturbable continua à parler dans le vide silencieux qui constituait une façade invisible entre elle et sa sœur. Ayant fini de sucer la moelle de l’os, Titi pu enfin se concentrer sur un « Mignon…mais pas assez gras… » évasif. Contente de cette réponse emplie de sagesse, Pounkiz mordit à grands coups de dent le tibia maigrelet de ce pauvre Jimmy. Cela faisait longtemps qu’elle vivait dans les égouts parisiens, se nourrissant de ‘catophile’ et d’employé E.D.F. Leurs bras musculeux, leur furtivité féline et surtout leur faculté de voir dans les ténèbres absolues, faisaient d’elles de redoutables chasseuses d’homme. Parfois l’homme aux yeux sombres venait à elles pour leur promettre beaucoup de nourriture contre un petit service…capturer un casse-pieds, égorger un fouineur ou guider vers son antre un futur sacrifié se prenant pour un élu remarquable. En plus d’être nyctalope, Titi qui possédait une ouïe extrêmement sensible se dressa tout d’un coup, renversant dans une mare boueuse les abats dont elle se délectait. De même que sa sœur avait un don unique, Pounkiz quant à elle possédait un odora très fin. Chacune d’elle escalada les parois glissantes des canalisations d’une manière souple et silencieuse. Sans un bruit, elles se faufilèrent vers les intrus…certainement ceux dont l’homme aux yeux noirs voulait voir la tête servie sur un plateau d’argent.

 

******

 

Les entrailles puantes des égouts délabrés brillaient obscurément contre le fin faisceau de lumière émanant des lampe-torches des investigateurs. Le chuintement de leurs pas, contre les rebords humides et glissants des tunnels, résonnait lugubrement à travers les boyaux inexplorés. L’attaque fut foudroyante : des mains griffues saisirent les longs cheveux de Canova et l’entraînèrent, sans qu’elle puisse pousser le moindre cri, hors de la lumière de Bernard. Il se précipita dans la direction de l’enlèvement pour découvrir la lampe de Canova brisée, gisant à coté d’une canalisation étroite à la profondeur insondable. Plongé dans une réflexion inquiète, il ne fit pas attention à l’ombre gracieuse qui s’avançait de lui. Alors qu’il scrutait les ténèbres, on vint lui tapoter l’épaule. Il se retourna vivement, pris d’un sursaut de panique, prés à riposter malgré l’initiative flagrante de son adversaire. Devant lui se dressait, du haut de son un mètre cinquante, une jeune fille aux cheveux aussi noir et huileux qu’une flaque de pétrole. Son visage d’une pâleur excessive était orné par des yeux aux iris rougeoyant. Elle fixa Bernard avec une insolence farouche, tandis que ses lèvres se retroussèrent pour dévoiler une paire de canine étrangement longue. D’une voix inhumaine qui ébranla les derniers restes de bravoure que tentait en vain de récupérer Bernard, elle lui jeta en pleine face :  « J’aime bien la viande, surtout quand elle pue…un peu comme toi mon chéri ! ». Eberlué par autant d’agressivité émanant d’une fillette, il se laissa surprendre par un formidable coup décoché en pleine mâchoire qui l’envoya voltiger à travers les aires. Sa chute dans l’eau boueuse, infestée d’amibe et autres bestioles ignobles, eut pour seul avantage de le réveiller avant de voir le fillette enragée fondre vers lui, les yeux brillant d’une soif de sang incontrôlable. De son coté, Canova après s’être débattue obstinément, brisa l’étreinte de son mystérieux agresseur en lui laissant une longue poignée de cheveux noirs. Sortant son arme prestement, elle mis en joue son ennemi. Une faible clarté régnait dans le tunnel grâce à une étrange mousse phosphorescente. Elle put étudier son adversaire : Une fillette d’environ quinze ans aux cheveux roux, dont les yeux émeraude la dévisageaient avec la fascination gourmande d’un chat pour une souris. Elle se leva de tout son long face à l’ancienne tireuse d’élite du GIGN, un sourire carnassier déformant sa face sadique. « Tire donc pétasse ! » Fit-elle avec dédain. Des griffes imposantes sortirent de ses doigts frêles et ses yeux jusque là humain, devinrent semblable à ceux d’un loup affamé. Canova tira trois fois : deux balles en pleine face, une en plein cœur. Soufflant la fumée qui se dégageait du canon brûlant de son Python, et remerciant ses formateurs du GIGN, Canova se calma lentement comme si elle sortait d’un mauvais rêve. Sauf que le cauchemar n’était pas fini : la masse inerte fut prise de soubresauts écœurants. La gamine souleva sa tête à moitiée explosée par les balles. La chair se contractait en tout sens. Petit à petit, sous les yeux ahuris de Canova qui palissait à vue d’œil, les blessures se refermaient dans un abominable bruit de succion. « Hé hé pétaaaaaasse !!! » Pesta la jeune morveuse alors que ses lèvres et sa langue pendaient encore au bord d’un trou purulent. Soudain ses muscles se mirent à enfler. Des poils roux jaillirent sur la peau auparavant parfaitement lisse de la fille. En quelques secondes la face humaine de Titi laissa place à une tête de loup à la gueule baveuse. Un lycanthrope d’environ deux mètres dix, hurlant à plein poumon sa colère bestiale, se tenait face à une femme au bord des larmes.

Etreignant son arme obsolète, elle se demanda si elle ne devait pas utiliser pour elle-même les dernières balles du chargeur. Le combat faisait rage. Bernard épuisé, acculé contre un mur, le visage fouetté par une myriade de chauve souris, essayait de ralentir l’instant final ou elle plongerait une main froide dans sa poitrine pour en extirper le cœur palpitant. Il saignait de partout. Un de ses yeux était crevé. Malgré la douleur et le désespoir qui l’accablait, il luttait mécaniquement. Elle n’avait aucun hématome. A un moment il lui avait brisé la nuque, mais malgré l’angle qu’avait pris la tête de la fillette, celle ci continua de s’amuser à le torturer comme si de rien n’était. Puis la tête moqueuse se redressa toute seule dans un craquement dégoûtant. « Mmmm ton sang est celui d’un noble guerrier, je vais me régaler ! » Dit-elle sur un ton espiègle alors qu’elle suçait avidement ses doigts ensanglantés dans une attitude de totale lubricité. Bernard fit tout son possible pour échapper aux canines suintantes qui s’approchaient inexorablement de sa jugulaire. A demi conscient, il attendait le triste dénouement de cette folle épopée.

 

*******

 

« Crève saloooope ! ». Pounkiz reçu en pleine face une ruade de Bernard. Les dernières forces du taureau mourrant firent s’écrouler le vampire, sans plus de dommages que de lui faire faire un plongeon dans l’eau sale. Bernard pour le compte était ‘Knock out’. Déjà saint pierre aux portes du paradis faisait l’étalage des péchés grandioses et des vertus mesquines. Pounkiz se releva puis se pencha sur sa futur nourriture, humant le doux fumet de ce sang qui coulait, poussé au-delà des plaies béantes par un cœur expirant. Trop occupée à se délecter e’avance, elle ne vit pas la lame filant dans les aires qui faucha sa tête béate. Son corps se désagrégea en une seconde, dispersant dans l’atmosphère un petit nuage de cendre. Sa tête encore consciente hurla avant de s’enflammer dans le crépitement des flammes infernales de la Géhenne. Entre temps saint pierre, munit de rangers cloutées, expulsa Bernard du monde des âmes en lui faisant jurer d’arrêter de déféquer chaque matinée aux portes de Notre Dame. Dans les couloirs sans fins des égouts, Canova tentait d’échapper à son destin. La bête velue heurtait les murs, brisant des conduits, qui libérèrent dès lors des volutes de fumée grisâtre empestant les canalisations d’une odeur acre. Les hurlements sadiques du monstre étaient pareils à des rafales de vent rugissant qui poussaient dans le dos l’inspectrice haletante. Malgré son excellente condition physique, la terreur la faisait suffoquer ; déjà ses poumons et ses muscles la brûlaient intérieurement. Dans la panique, et privée de lampe, elle finit par tomber dans une fosse fangeuse en gémissant. Sentant la défaite agripper son destin avec ses serres crochues, elle hurla dans sa chute. Elle perdit tout contrôle d’elle-même en voyant se dresser, dans une gesticulation frénétique, l’immense loup humanoïde devant le trou hideux qui deviendrait sa tombe. Il sauta dans la fange à son tour, ensevelissant sous les éclaboussures l’inspectrice aux abois. Prise d’un tremblement nerveux, elle porta le canon de son arme tout contre sa tempe, souhaitant quitter au plus vite ce cauchemar. Une détonation retentit dans la fosse. Puis une seconde, une troisième…une véritable rafale tonna dans les égouts. La bête hurlante fut prise de convulsions, un sang noir giclait par des trous béants qui ne purent se refermer.  Le lycanthrope s’effondra dans un cri déchirant, appelant dans un dernier souffle le reflet argenté de la lune. Derrière le cadavre fumant du monstrueux lupin apparut une forme majestueuse : Un homme aux longs cheveux argentés enveloppé dans un imposant manteau en kevlar. Sa posture altière rayonnait à travers les ténèbres. Dans une main il tenait un glaive en or ciselé, dans l’autre un magnum recouvert d’un alliage argenté. «  Levez-vous madame, je suis venu de la lointaine Kaddath pour chasser ces créatures maudites sorties des plateaux pluvieux de Leng. Ne me craignez point. Mon nom est Johan, digne membre de la famille Hellsing, chasseur de démon de père en fils. ».

 

******

 

 

Sous la lumière diffuse d’une lanterne d’époque victorienne, les trois visages scrutaient les épaisses ténèbres des catacombes. « C’est ici que Thibaut Giraud perdit la raison il y a fort longtemps. A l’époque ces deux démons m’échappèrent, maintenant que réparation est faite, je me sens libéré de ma promesse envers ce malheureux médecin. Avant de perdre la raison, il me confia ou trouver ce lieu de dépravation, ou disait-il, se reproduisaient des goules atroces sur un tapis de chair humaine éparpillée ça et là. ». Le chasseur des Hellsing avait parlé avec un ton solennel, et d’une voix basse qui ne voulait pas éveiller les horreurs de jadis perpétrées en ces lieux glauques. « Pensez-vous qu’un culte odieux subsiste encore de nos jours ? » Fit Bernard, la voix nouée par le sentiment d’oppression que lui conférait la vue de ces catacombes décrépits. « Il y a longtemps, un homme qui dédia son âme au chaos rampant, tenta de réveiller avant l’heure propice, le puissant Cthulhu. Hélas j’ai vu le cavalier de la mort rouge parcourir les forets en quête de vierges, les vents pestilentiels portant sa monture cadavérique au-delà du sol. ». Les trois courageux investigateurs parcoururent en silence les caves poussiéreuses avec pour seule arme, une témérité suicidaire propre aux héros qui ont perdu foi envers toutes notions solides de la réalité. Un autre monde existe, sombre et cruel, régit par des lois incompréhensibles, bien loin de la perception de nos cerveaux  de chair molle.

*******

 

 

Le festin pantagruélique des profonds avait pris fin quand le prêtre eut fini de chanter  d’infinissables litanies aux origines pseudo humaines. Jetant un regard exaltée envers les trois prisonniers, il clama avec un grand sourire déformé par le jubilation intérieur qui l’animait :  « Que les trois élus soient préparés pour la consommation du seigneur de R’lyeh ! Faites venir les vierges ! De sorte que Dagon les porte au phallus sacré du seigneur des courants abyssaux. O que le grand abîme s’ouvre ! Libérant le maître de ses songes amorphes ! ». Les trois hommes étaient tellement épuisés par les visions épouvantables qui leurs furent infligées, ne ripostèrent même pas, espérant au contraire être libéré au plus vite du terrible fardeau de cette vie. Même Calouet n’eut pas une once de rebellions dans les yeux. Leurs esprits étaient mortellement blessé, tels des gibiers se vidant de leur sang qui se résignaient à finir entre les mains du chasseurs. La certitude de leur mort n’était plus remise en cause par quelques espoirs futiles que la raison avait élaborée, sachant elle-même qu’elle se fourvoyait. Ils furent enchaînés sur un autel situé sur le rivage d’un incroyable lac souterrain aux eaux brumeuses. Les vierges, environs une vingtaines de fillettes au corps svelte, étaient ligotées nues sur des croix recouvertes de longues échardes acérées. Elles pleuraient silencieusement, soumises corps et âmes à l’affreuse torture qui s’annonçait par delà les tourbillons de brume jaunâtre.

Les vapeurs froides et humides envahirent la grotte cyclopéenne, obstruant toute visibilité possible de ce qui allait surgir du lac tumultueux. Ils entendirent un bouillonnement infernal suivi d’un hululement glacial qui fit hurler d’horreur les jeunes vierges, qui en gesticulant désespérément sur leur croix s’écorchaient la peau contre les échardes, répandant leur chaste sang sur une terre avide et moite. Les trois hommes sentir leur avenir se sceller quand une matière rugueuse et élastique vint à frôler leurs corps mis à nu. Un autre hululement venu du fin fond des ages se mit retentir dans la caverne, en même temps qu’une forme sombre et confuse se formait au sein du brouillard dense. Le grand seigneur Cthulhu était là ! Invisible dans les ténèbres ! Tandis que ses adorateurs chantaient de manière affreuse, déformant leur mâchoires pour prononcer d’incompréhensible syllabes gutturale ! . Le prêtre, grand chef d’orchestre aux doigts d’os, à l’aide d’un livre à l’age insoupçonnable, psalmodiait des chants nés depuis un temps pré-humain pour appeler le grand Chtulhu hors de son sommeil. Déjà les fillettes pleuraient en sentant une chair flasque caresser leurs jambes lisses agitées par des spasmes de dégoût. Eric plongé dans un état second ne vu presque rien, hormis ses compagnons d’infortunes, emportés par des tentacules recouverts d’algues visqueuses à l’odeur de décomposition avancée. Maintenant Samy criait comme une bête meurtrie, pris d’une fanatique ferveur envers son tout puissant dieu. A chaque syllabe rauque, les voiles de la brume épaisse s’écartaient enfin, dévoilant de plus en plus l’horrible apparence du monstre gargantuesque. Eric perçut un instant la face putride du seigneur de l’abyssal R’lyeh : une multitude de globes écarlate constellaient une face répugnante de pieuvre aux tentacules longs comme des immeubles de trente vingt étages. Pendant que la frénésie des sectateurs était à son paroxysme, entrèrent alors les trois braves qui furent un instant paralysé d’horreur par la vue de cet être millénaire aux courbes diaboliques.

 

*******

 

Alors que la dernière page d’invocation allait être lue par le diabolique maître de cette cérémonie hérétique, celui-ci fut projeté à terre par l’attaque inattendue d’une droite vigoureuse qui s’était écrasée contre sa face extatique. Bernard plus résolu que jamais de déchaîner sa fureur, s’acharna contre le prêtre machiavélique à grand coup de tibia contre les flancs. Il voulut se ressaisir, mais le lutteur l’envoya valser tête la première contre le sol rocailleux. Un sang noir coula des lèvres haineuses de Samy, ses yeux brillèrent d’une lumière noir lorsqu’il empoigna dans les replis de sa robe un froid ustensile d’acier. Anakron, caché par les brumes encore épaisses fut assailli par Johan armé de son épée d’or au pommeau incrusté de saphir. Malgré la surprise, ses réflexes surhumain évitèrent le coup fatal. « Ce cher Johan ! Quelle joie de pouvoir étriper le dernier des Hellsing ! » Jeta –il en guise de provocation à son ennemi juré. Johan rétorqua d’un ton amer :  « Tu es un fléau qu’il faut éradiquer. Maintes fois tu survécus à ma chasse, mais cette fois sera la dernière ! Tu vas rejoindre le diable à qui tu vendit ton âme ! ! ». Ils se lancèrent l’un sur l’autre en rugissant tels deux lions enflammés. Le combat acharné se perdit dans les obscures volutes de la caverne, laissant seulement échapper des bruits d’os se rompant dans des grognements assourdissants.  Canova fit de son mieux pour délivrer les prisonniers, mais les croix ensanglantées étaient vidées de leurs occupantes, disparues dans les méandres du lac après avoir étaient arrachées à leurs liens comme des pantins désarticulés. Elle discerna de justesse l’autel d’albâtre ou gisait Eric nu comme un vers, qui grelottait de froid. D’un geste souple, elle défit les chaîne, qui volèrent en éclats sous le feu de son Python. Eric abasourdi par cette incroyable providence, ne put prévenir l’ex membre du GIGN du risque qui la menaçait. Un tentacule nauséabond s’enroula autour de son torse, écrasant sa cage thoracique sans le moindre effort. Sans un cris, Canova, les yeux bloqué dans une expression de terreur, fut engloutie dans les eaux tumultueuse du lac glacé. Eric saisissant l’occasion inespérée de prolonger sa vie, s’élança aussi vite que possible hors du rivage mortel. Stimulé par l’instinct de survie, il ramassa au passage un gourdin qui traînait, prés à en découdre avec l’oppresseur.  Des ombres filaient dans tous les sens, mais aucune ne vint à sa rencontre. Il entendait des hurlements indistincts, et la sueur qui perlait le long de sa peau se glaçait d’instant en instant. La brume devenait plus diffuse. Ainsi il retrouva Bernard à terre, un poignard enfoncé en plein cœur après avoir failli trébucher sur son corps inerte. Ses yeux fixaient encore intensément un adversaire disparu depuis longtemps. Dans sa main crispée reposait un œil sanguinolent, arraché à la face tordue de douleur du haut prêtre de Cthulhu. La tristesse l’accabla, mais la soif de vivre lui instigua la force de retarder la dépression qui allait s’instaurer en régent invincible d’ici quelques heures. Il s’enfuit de ce lieu abominable pour se retrouver après de longues heures d’angoisse, nu en plein centre de Montparnasse sous les klaxonnes tonitruants d’automobilistes outrés.

 

 

*******

« Comment allez-vous aujourd’hui ? ». Eric ne répondit pas, trop absorbé dans la contemplation démente d’une émission de télé : un reportage animalier. Le psychiatre soupira et regarda d’un œil triste son patient. La psychose de ce malade était un vrai casse tête chinois. Il éteignit le l’écran d’un geste exaspéré, et reformula sa question en dévisageant Eric. Celui-ci répondit qu’il se sentait beaucoup mieux. Mais évidemment cela n’était que mensonge : la fascination d’Eric Moutier pour les céphalopodes empirait de jour en jour. A la fois une passion et une phobie qui mettait le malade dans un état de souffrance perpétuel. « Bon…je repasserai vous voir plus tard… ». Le docteur Philippe devait passer voir une nouvelle patient nommé Céline Forgues qui avait développé une boulimie névrotique : Elle se nourrissait exclusivement de poisson en quantité impressionnante, pour les vomir de suite en hurlant. Puis il y avait ce pauvre Yvain Coste qui se croyait enfermé dans une série américaine appelée ‘star trek’…Bref, la  journée s’annonçait fastidieuse. Tandis que le médecin s’en retournait vaquer à ses multiples occupations, Eric ralluma la télévision pour continuer à suivre avidement ce captivant reportage sur les calamars géants, tout en se dévorant jusqu’à l’os la chair de ses propres doigts.

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2 réponses à L’Appel de Bookthlu

  1. calouet dit :

    Quand même, c’était fertile bookenstock, à une époque… Je n’ai retrouvé ça nulle part, pourtant j’ai cherché. Dans ma mémoire, ce texte n’était pas si bon! Tu l’as retravaillé? (sauf pour l’orthographe hein ;))
    Hyper sympa en tout cas, ça me remis en mémoire plein de choses, plein de gens que j’avais quasi oubliés. Et puis mon perso est sympa, même s’il se fait embarquer dans les tentacules de Cthulhu…

    Je vais mettre un ptit lien vers ici, chez moi. A plus Samy, c’est un vrai plaisir de te relire.

  2. calouet dit :

    Purée, séquence nostalgie… Pas tout lu mais j’y reviens trèèèèès vite! A bientôt M. Bodson…

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