Cavalcade Obscure

Cavalcade obscure

 

« Vite ! Vite ! »

 

L’homme chien courait, traînant derrière lui un petit enfant à la troublante pâleur. Lui-même tenait dans sa fragile main une petite poupée de chiffon qui se voulait être un lapin.

 

« Vite petit homme, vite ! »

 

Ils traversaient à toute vitesse une foret dense dont les arbres semblaient tous pétrifiés. Le petit garçon aux boucles blondes remarqua leurs profondes rides. Il cru pendant tout le long du chemin que ceux-ci essayaient de rire, mais qu’une douleur muette les contraignait au silence éternel.

 

« Vite ! »

 

L’homme chien le prit dans ses bras velus lorsque l’enfant n’eut plus assez de force pour se mouvoir. Cela faisait une journée entière qu’ils couraient à travers des passages escarpés. La faim leur creusait le ventre, et la soif avait asséché leurs gorges. L’homme chien, que l’enfant appelait Pierro, dressa ses oreilles : il n’était pas loin ! Bientôt il serait là. Pourvu que le vieux corbeau ne se soit pas trompé.

 

« On est encore loin de la porte Pierro ? » Demanda l’enfant dont les yeux verts étaient terrifiés.

« Encore un effort, ne t’en fais pas petit homme… » Fit Pierro en grimaçant. Il restait encore 5 kilomètres.

 

« Vite ! »

 

Ils grimpaient le long d’une dune de sable immense. A son sommet se trouvait normalement la porte, si le corbeau ne s’était pas trompé. Ses livres étaient millénaires, comme son age, et ce vieux fou n’avait plus toute sa santé mentale. La montée était pénible. Trois kilomètre dans le sable brûlant.

 

« Vite ! »

 

Il était arrivé ! En bas de la dune ils virent sa silhouette menaçante ! Le soleil faisait briller ses écailles noires. Sa multitudes de membres chitineux remuant dans l’espace frappèrent la dune : celle-ci trembla ! L’enfant glissa, mais Pierro  qui était solidement arrimé à une branche morte le rattrapa. Le cri de la bête, lugubre et profond, se mit à retentir. Avec peine, sa bouche visqueuse articula une phrase à peine incompréhensible : « Je veux l’enfant ! ». Le garçon se mit à pleurer de terreur.

« Allons, n’abandonne pas ! » Fit Pierro en agrippant celui-ci contre sa poitrine chaude.

 

« Vite ! Nous y sommes ! »

 

Pour une raison que Pierro ignore, les rayons du soleil semblaient blesser le monstre. Il zigzaguait avec difficulté sur le sable, poussant de long râle de souffrance. Sa carapace d’écaille se couvrait de pustules rougeâtres, et la multitude de ses yeux rouges était fermée. Elle beuglait en frappant le sol, et à plusieurs reprises ils manquèrent de glisser vers l’énorme bouche sans fond. Ils arrivèrent enfin au sommet : un ciel d’un bleu lumineux les accueilli, mais aucune porte pour l’instant !

 

« Vite ! Elle est là-bas ! »

 

L’enfant était presque inconscient dans ses bras. Lui-même n’avait presque plus de force, mais qu’importe…Derrière eux la bête obstinée continuait sa lente progression sous le soleil radieux. Sa carapace tombait en morceau, la plupart de ses yeux avaient explosé, et ses pattes de chitine fondaient littéralement. Seule sa terrible bouche continuait a conserver toute sa puissance. Elle lançait des hurlements aussi vibrant que ceux d’une tempête infernale. Pierro et l’enfant sentaient presque leurs cœur se rompre à chacun de ses cris, comme s’ils les blessaient jusqu’au plus profond d’eux même. Trébuchant, l’enfant contre lui, il rampa fiévreusement jusqu’à la petite porte qui se trouvait dans un petit bosquet de rose rouge.

 

« Vite ! Petit homme réveille toi ! »

Seul lui pouvait ouvrir la porte recouverte d’or qui se trouvait devant eux. Mais ses yeux restaient fermés malgré les cris de Pierro. « Petit, réveille toi ! Réveils toi ! ». A seulement quelques mètres, une énorme bouche pourvue de dents tranchante flottait tranquillement vers eux. « L’eeeenfaant ! »

Une paire d’yeux verts, apparue sur les lèvres de cuir noir, clignotait furieusement. « L’eeenfaaant !!!! ».  « Il doit être complètement déshydraté… » Pensa Pierro. Il se griffa le poignet juste au dessus de la bouche devenue presque blanche. Le sang coula de l’entaille et tacha la face blême de l’enfant endormi. Les roses alentours commencèrent à faner, le monstre arrivait ! « L’eeeenfaaaant !!!! Je veux l’eeeenfaaaant !!! ». La bouche prise de convulsion se fermait et s’ouvrait dans un grincement écoeurant.  L’enfant ouvrit les yeux. Lui et l’homme chien se fixèrent intensément. Le petit homme ouvrit la porte, et poussé par Pierro, la traversa. La créature hurla une dernière fois, puis disparu. Pierro resta seul, allongé le parterre de rose, une larme de joie coulant sur son museau.

 

 

 

« Bip…Bip…Bip… »

 

Les médecins accoururent. L’enfant venait de se réveiller. Un pur miracle ! Les infirmières lui retirèrent les câbles qu’on avait entrés dans sa trachée pour qu’il puisse respirer durant son coma. L’enfant aux boucles blondes pleurait abondement pendant l’intervention. On n’y fit pas attention. La mère fut mise au courant dès que possible, et elle vint avec son fauteuil roulant aussi vite qu’elle le pu. Il était tout ce qu’il lui restait depuis l’accident de la route ou elle avait perdu son mari. L’enfant avait les yeux tournés vers le ciel, de grosses larmes sillonnant encore sur ses joues…qui seraient bientôt des rivières asséchées. Les retrouvailles furent si émouvantes que le personnel hospitalier ne pu retenir une petite larme. « Maman, ou est Pierro ? » Demanda t’il. Sa mère resta interdite quelques secondes, et lui avoua que leur chien était au paradis.

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