Tour de manège

Mmmm un petit délire….

Tour de manège

« Monsieur…je ne peux pas laisser votre petite fille sur le manège plus longtemps…je suis désolé mais… » balbutiait le forain.

« J’ai acheté dix tours de manège, elle fera dix tours de manèges et c’est tout. Compris ? » objecta Grand Pa. Sa cane épée pointée sous le menton du forain fit force de persuasion.

Penaud l’homme retourna faire son travail et le manège continua sa ronde. Grand Pa fit coucou d’une main gantée à sa fille Hélène perchée sur un fin destrier de bois blanc pour la rassurer. « Petite fille…peuh…comme si j’étais déjà un vieux crouton » s’empourpra Grand Pa en repensant à ce qu’avait dit le forain.

C’était toujours la même chanson… « Désolé monsieur mais votre petite fille…et gnagnagni et gnagnagna… ». Merde à la fin. Un jour il allait finir par embrocher l’un de ses crétins avec sa canne épée.  Qu’on le prenne pour le grand père de sa fille passe encore…mais qu’on veuille carrément interdire à Hélène de s’amuser librement…alors là…ça le rendait furax. Il y a trois jours, dans le train fantôme, le personnel et les autres clients avaient été terrorisé par Hélène. Bon dieu, une fille si calme et silencieuse. Il avait complètement explosé de rage. Du coup, il avait acheté toutes les places et avait fait vingt fois le parcours du petit train fantôme sous l’œil médusé des gens. Pourquoi ces idiots se comportaient-ils de façon si peu civile ? Vraiment, Grand Pa était outré.

« Ma petite puce » se lamenta-t-il. Il regardait Hélène sur le cheval en bois qui montait et descendait mécaniquement. Qu’elle était mignonne avec se petite robe bleue. L’émotion déborda comme à son habitude lorsqu’il la regardait s’amuser. Son menton vibra en repensant à ce pénible printemps ou Johanna les avait quitté suite à cette fichue tuberculose. Hélène était resté presque aussi inconsolable que lui, jusqu’au jour où une fête foraine s’était installée dans les environs. A bord des montagnes russes, il avait vu resplendir à nouveau le sourire de sa fille. Depuis, Grand Pa avait décidé qu’ils feraient ensemble toutes fêtes foraines du monde. Il y quelques  années Grand Pa cru que le malheur s’acharnait. Tuberculose sur sa petite Hélène. Heureusement, par miracle, tout avait bien fini. Il se souvenait encore du regard halluciné du médecin chef quand il était sortit avec sa petite Hélène dans les bras  et qui souriait de nouveaux au monde. Depuis ce jour là, elle n’avait plus jamais cessé de sourire.

« Bon dieux ! » s’écria le forain. Hélène était tombée à la renverse. Grand Pa se maudit d’avoir relâché sa vigilance. Des gens s’étaient regroupés autour du corps de la petite et Grand Pa les bouscula sans ménagement. Le forain se grattait la tête d’un air gêné. Les gens regardaient le vieil homme avec un étonnement livide se pencher sur le petit corps. « Ce n’est rien, juste quelques égratignures ma chérie…ma puce… » chuchotait Grand Pa au corps raidi et pourrissant. Il saisi la tête qui s’était décroché du cou et le replanta d’un geste technique. « Monsieur…votre petite fille…je… » bégaya le forain sidéré « elle est morte depuis longtemps ! ». Grand Pa sentait bien que l’homme voulait lui dire quelque chose, mais ne compris pas la teneur de la phrase…sauf qu’encore une fois il persistait à dire que l’enfant était sa petite fille.

« MA FILLE ! Monsieur…c’est ma fille ! Maintenant soyez aimable faites tourne se fichu manège ! »

Bon sang, que les gens peuvent parfois êtres cons.

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