Australie – Mystique Uluru

Enjoy 😉

 

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Plaisir inassouvi

 

 

Le goupillon était bien blanc, preuve que l’arme n’était plus crasseuse. Dorian savoura la pureté métallique des lignes de son arme. Un bon vieux Walther PP comme celui de James Bond, avec le silencieux en option bien évidement. Comme s’était bon de lui faire confiance. Entre Dorian et les armes à feu, s’était une histoire d’amour. Il en possédait de toutes origines et de toutes époques, mais son préféré il le tenait entre les mains à l’instant même. L’éclat d’un soleil printanier éclairait le vaste salon de Dorian ; une large pièce rectangulaire à la décoration volontairement dénudée qui ne contenait que quelque valises et un matelas.  Il rangea l’arme dans son étui avant de sortir sur le balcon pour apprécier la vue de la mer. Le ciel de Corse était d’un bleu limpide, tout aussi profond que celui de la mer qui s’étendait devant lui. Comme s’est agréable d’avoir un travail qui force à voyager. Bien que certains pays ne furent pas toujours de tout repos, il profitait au maximum de cette aubaine. Le clapotis des vagues et leur fragrance salée installa une paisible sensation dans le fond de ses entrailles. Quel merveilleux endroit pour réaliser son contrat.

 

Le portable vibra dans la poche de sa veste couleur blanche pastel. Tout en laissant ses yeux vaquer à l’observation des rouleaux infinis de la mer agitée, son attention était absorbée par la voix basse qui lui donna une adresse et un nom. L’échange fut bref et Dorian retourna dans l’appartement pour préparer la réunion. Il étala à même le sol une carte d’Ajaccio et la parcourue du doigt. « Hôtel l’Empereur, 33 avenue Napoléon…mmmm…ah voici » fit-il en tapotant la cible machinalement. Il pensa une fraction de seconde au contrat, une jeune femme de 25 ans tombée héritière bien trop tôt d’une société dont les principaux actionnaires ne voulaient pas d’elle. Après tout, comment une dilettante sans diplôme, bad girl par excellence, ne pourrait pas susciter la jalousie une bande de vieux gorilles avide de pouvoir. « Bof » soupira-t-il. Il s’en foutait royalement. Dorian n’avait qu’une hâte, voir le corps gesticulant et giclant de sang avant qu’il ne tombe raide mort. Ce qu’il adorait par-dessus tout, c’était perforer la tête de ses victimes à l’aide de quelques balles explosives. Le visage ainsi criblé de balles  était si ravagé qu’il était impossible de reconnaître son propriétaire. C’étai une passion bien particulière, mais il la pratiquait comme un art. Ses sujets étaient délibérément des personnes de grande beauté, où à défaut des gens qui mènent une vie de paillette, qu’il prenait plaisir à détruire. Certain sont des créateurs, et par opposition, lui se voyait comme un destructeur dont l’existence était tout aussi fondamentale. D’ailleurs, il n’était pas loin de son cinquantenaire. Encore trois contrats après celui-ci et il invitait ses collègues à fêter ça avec des escort-girls. Depuis tout petit déjà, la mort le fascinait : l’immobilité éternelle du corps, sa rigidité terrible, le regard fixe qui ne contient plus aucune émotion humaine. Il était possédé par cette impulsion de mort. Rien ne pouvait le faire vibrer plus que lorsqu’il faisait passer de l’état de vie à celui de mort un être vivant. C’était d’autant plus beau avec des humains car ils dégageaient tellement d’émotions variées et compliquées avant de franchir le seuil. Il s’était donc vite lassé de torturer les petits caniches du voisinage, et son premier meurtre eut lieux à ses seize ans. Ce premier crime n’avait rien à voir avec ceux qu’il pratique à présent contre des sommes coquettes et qui sont méthodiques et subtils : non, c’était l’ébauche brutale et primaire de son art qui voulait s’exprimer. De toute façon, il ne pouvait pas tourner ‘bien’ comme disent les moutons. Il appartenait à une grande famille sicilienne versée dans le racket et sa carrière était avantagée par ses prédispositions morbides. Sa pauvre mère d’origine anglaise avait tenté de sauver l’intégrité morale de son fils en l’envoyant en Angleterre suivre de hautes études, et c’est là bas qu’il tomba amoureux des armes à feu. Bref, Dorian était pleinement satisfait de sa condition humaine et s’est l’esprit tranquille  qu’il prépara la réalisation de son œuvre d’art.

 

 

19h30. La jeune fille était à l’heure, cependant elle n’était pas seule comme l’avait supposé Dorian, car une autre femme l’accompagnait. Un petit bonus pour sa prime. Visiblement, la cible était farouchement lesbienne à la façon dont elle tripotait grossièrement sa compagne à la vue de tous. Toutes deux étaient habillées avec des robes en cuir noir si moulantes qu’elles ne cachaient pas grand-chose des parties intimes. Lorsqu’elles prirent l’ascenseur, Dorian quitta le bar des clients de l’Hôtel dans lequel il s’était dissimulé. Il connaissait les plans de l’Hôtel par cœur et il savait exactement où se trouveraient les deux filles, c’est pourquoi il prit tout son temps pour monter dans sa chambre judicieusement située en face de celle de ses futurs victimes. En réalité, il avait gagné les faveurs, au moyen de quelques billets discrets, du type à la réception pour obtenir cette chambre. Son cadavre gisait maintenant plié en quatre dans les égouts d’Ajaccio et serait, selon ses prévisions, retrouvé dans moins d’un mois. Il fit monter du champagne ainsi qu’un dîner dans sa chambre et regarda une émission ennuyante sur la télévision câblée. Il décida de prendre une petite douche froide pour se tirer de la torpeur d’un repas copieux. Il passa devant la bouteille de champagne toujours fermée et se promit de ne pas la boire avant d’avoir achevé le contrat. Habillé d’un peignoir de l’Hôtel, il attendit jusqu’a 3h du matin, puis il s’habilla de sa tenue d’assassin : cagoule, vêtement en polyamide renforcé et lunettes infrarouge, sans oublier le Walther PP avec silencieux et un couteau de combat US army. Il ouvrit la porte sans la moindre difficulté avec un simple passe partout et pénétra dans le petit salon privé. La femme qu’il avait aperçue avec le contrat, il n’en doutait pas, était probablement un garde du corps en dépit de ce qu’elles laissaient transparaître de leur relation. A pas feutré il se dirigea jusqu’à la chambre et brancha la vision infrarouge. Il ne fut pas surpris de constater que les deux femmes ne dormaient pas. Bien au contraire, car il voyait deux silhouette rougeoyante s’amalgamer l’une dans l’autre. Dorian ne put réprimer un sourire méprisant. Il se tint face à la porte de la chambre et l’entrouvrit le plus lentement possible jusqu’à ce qu’un de ses yeux rouge puisse observer la scène dans toute sa splendeur. Elles faisaient l’amour dans toute la bestialité de ce terme, et Dorian sentit l’excitation monter en lui. A genoux sur le lit aux draps de soie, elles s’embrassaient vigoureusement tout en se caressant mutuellement la poitrine. En vision infrarouge, Dorian pouvait observer à quel point le bout des seins s’enflammait à chaque contact des doigts eux même incandescent. Les mains de la cible glissèrent contre les reins de sa compagne qui se cambra en frissonnant. Elle descendit ensuite jusqu’au creux des fesses galbées de la garde du corps, et avec un plaisir sadique elle y enfonça la pointe de ses ongles. Elle poussa un petit cri de douleur vite surpassé par celui du plaisir grandissant. Dorian était saisi par cette débauche sensuelle mais aussi pour la place insolite qu’elle tenait dans ses projets. Il n’osa pas l’interrompre tout de suite et continua, poussé par un élan de perversité qu’il ne se connaissait pas, à scruter les deux femmes. La garde du corps passa sa langue le long des mamelles de sa partenaire tout en passant sournoisement une main entre les cuisses de celle-ci. La ‘cible’ haletante enfonça plus profondément ses ongles contre la peau soyeuse de sa protectrice. Durant de longues minutes, aucun geste ou gémissement de jouissance n’échappa à Dorian dont les oreilles tremblaient comme des feuilles. Ses yeux étaient brûlés par les soubresauts quasi orgasmiques du couple en flamme. Allongées l’une sur l’autre, elles frottaient leur sexe l’un contre l’autre avec la même cadence enivré que lors d’une orgie dionysiaque. Le lit vibrait et les petits cris se changeaient irrémédiablement en hurlements sauvages. Le coté artistique de Dorian se réveilla soudainement, alors que les deux femmes étaient proche d’atteindre le paroxysme de l’orgasme. Il fallait qu’il les tue au moment précis où elles seraient foudroyées par la montée au 7ème ciel. Suant à grosse goutte sous sa cagoule, il tira de son étui le Walther PP. Alors que les jeunes femmes transpiraient de bonheur et que tous leurs muscles se tendirent à l’approche du grand moment, Dorian entra comme une ombre funeste dans la chambre. A l’instant même où toutes deux explosèrent de plaisir en gémissant à en faire perdre ses moyens au moine le plus dévot du monde, une balle traversa  l’arrière du crâne de la garde du corps pour en ressortir au niveau de l’œil droit, tandis qu’une seconde balle entra furtivement entre les deux yeux de la cible en sortant accompagnée d’une moitié de cervelle. Le revolver fumant, Dorian poussa un long soupir empreint de plaisir. Il retira ses lunettes infrarouges et commença à réfléchir à la seconde partie de son plan quand soudain…une main gratta le tissu raffiné avec ses ongles. Sans doute un réflexe post-mortem. Il examina du coin de l’œil les deux femmes. Elles étaient l’une sur l’autre comme auparavant, à la seule différence que leurs visages étaient aspergés de sang et de chair déchiquetée. Le bruit continua. Presque imperceptiblement, les deux bassins se soulevèrent et se frottèrent l’un contre l’autre. Dorian crut devenir fou. Il se frotta les yeux et écarquilla les yeux dans la demi pénombre. Non ! Les deux femmes bougeaient encore. Les deux sexes encore humides tentaient de se rejoindre aveuglement, poussés par un mécanisme incompréhensible. Il recula contre le mur en pointant son arme vers elles, puis il hurla de terreur quand les têtes gesticulèrent pour s’embrasser à nouveau de leurs bouches mortes. Les mains, secouées par des convulsions atroces, parcouraient les courbes érogènes de l’anatomie féminine qui tressaillaient alors au moindre touché. De leurs bouches ensanglantées, elles léchaient et mordaient violement les poitrines opulentes avec une soif terrifiante. En proie à l’effroi, Dorian vida son chargeur sur les corps avides de plaisir. Des gerbes de sang maculèrent les draps et les murs, mais rien ne semblait pouvoir empêcher les articulations de ployer sous le joug du désir. Frénétiquement, les cadavres exécutèrent une danse macabre et érotique tout en poussant d’abominables soupirs d’outre tombe. Paralysé par la terreur, Dorian ne bougea pas d’un millimètre si ce n’est pour vomir abondement. L’un des yeux expulsé de son orbite fixait le tueur à gage en luisant d’un air blafard dans les ténèbres, et pourtant la pupille se contractait et se dilatait au rythme des caresses. Les doigts presque rigides pénétraient les orifices avec une tension nerveuse proche de celle d’une personne affamé, et dans cette faim que rien ne pouvait  assouvir se mêlait une étrange rage animale. Les deux corps se dévoraient mutuellement, se déchiraient cruellement, creusant la chair avec frénésie à la recherche du plaisir perdu à jamais. Exaspérés, ils cherchaient mais ne trouvaient pas ! Le feu du plaisir dévorait leurs nerfs exacerbés. Il leur fallait autre chose, du nouveau, de l’inédit…Dorian plaqué contre le mur vit avec horreur les deux choses se lever péniblement et avancer vers lui d’une démarche chaloupée. L’une d’elle lui fit signe du doigt de les rejoindre en passant sur ses lèvres couvertes de sang coagulés une langue violacée et lubrique. La seconde s’agenouilla tout contre lui et réduisit sans le moindre effort son pantalon en lambeaux. Ce n’est que lorsqu’elle attrapa dans sa bouche à la mâchoire tombante l’objet de son désir, qu’il hurla tel un damné plongé dans les flammes de l’enfer. Nul être humain de l’Hôtel ne put ignorer les choses monstrueuses qui se passèrent dans la nuit, et  de ce qu’on découvrit dans la chambre par la suite. A jamais restera gravé dans leur mémoire la nuit où le plaisir inassouvi tenta de dévorer le monde.

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Publié le par Samy Bodson | Laisser un commentaire

La faim du loup

La faim du loup

 

Harry le loup rodait dans les bois

Il faisait nuit et terriblement froid

Il était affamé, et il avait soif, soif de sang

Sous la lune son ombre s’effilait tel un long couteau

 

La foret semblait danser autour de lui, ivre de faim

Perdu dans sa tête et dans son cœur, isolé, meurtri

Puis une odeur frappe sa truffe humide, un coup puissant

Il courut, courut comme un forcené sous la voûte des arbres

 

Il fait sombre, trop sombre pour bien voir ce qui bouge

Pourtant, il trouve sous un rayon de lune, sa proie

C’est bien cette odeur, fraîche et tendre, délicieuse

Elle lui tourne le dos, ne voyant pas les crocs luisants

 

Il saute, vif comme un rasoir, fendant le ciel nocturne

Le petit être à la fourrure blanche n’a pas le temps d’agir

Et tout tremblant il finit entre les griffes puissantes

Pourtant il vit encore, car Harry veut apprécier son repas

 

Un jeune lièvre au pelage doux et aux yeux tristes

La salive débordante, il ouvre la gueule et veut mordre

Le corps fragile s’agite un instant, puis se crispe à jamais

Avide il lèche le sang, et des larmes de joie coulent, sauvé !

 

Il découvre qu’autour du cou se trouvait un cercle de métal

Il tire dessus, une fine chaîne sort de sous les feuilles éparses

Enivré par le repas qu’il vient de faire, ses sens affluent

Et des lors, la même odeur accourt vers lui, il se réjouit !

 

Une multitude d’yeux brillent sortant de nulle part

Il est encerclé par ce parfum de chair noble, et il rit !

« C’est cela, venez me nourrir ! » S’esclaffe t’il ironiquement

Les billes pales s’approchent, sortant lentement des ténèbres

 

Des vieux lièvres faméliques aux yeux rouges, affamés

La narine énorme et frémissante, s’avancent tous ensemble

La mâchoire pendante, ils se pourlèchent, sans peur

Armés de leur seule  faim, car leur misère est si grande

 

Harry comprend que tout cela n’était qu’un piège

Quand les dents pointues s’enfoncent dans sa chair molle

Et que malgré sa fureur, le nombre fini par l’emporter

Que le sacrifice d’un seul puisse sauver un peuple, il l’ignorait.

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Images – O’Scare et Smiley

Dessin au bic en 5 minutes + photoshop. Histoire d’avoir un visuel en attendant que je devienne talentueux en dessin.

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Histoire d’une fleur

Histoire d’une fleur

« Hé…fsssssssssssssss » sifflèrent silencieuses mais  brutales les lèvres épaisses d’Ahmed. La casquette tombante et le survêtement Nike d’une blancheur mousseline éblouissant presque la nuit. Il continua de siffler jusqu’à ce que la forme titubante sorte un peu plus des ombres. « P’tain sa race, il tient plus debout ce con… » miaula un nain sombre et boutonneux planqué derrière les longues jambes d’Ahmed. La nuit avait recouvert de son manteau le plus noir la cité, et on entendait le son lointain des téléviseurs s’échapper dans la chaleur moite de l’été depuis les fenêtres béantes. « Hé toi là, tu fous quoi là ? » grogna cette fois Ahmed le géant, ou Ahmed longues jambes comme l’appelait dévotement Charlie. Cette cité, ils la détestaient comme des ados en crise haïssant leurs parents, elle s’accrochait à eux où qu’ils aillent et quand ils y revenaient c’était le mutisme boudeur devant les murs inexpressifs. « Fais lui sa fête à ce clodo de merde » grinça Charlie qui lissa sa petite moustache duveteuse d’un petit coup de langue. Ahmed resta immobile tandis que la silhouette se dépêtrait maladroitement des ténèbres de l’étroit local à poubelle.

Il tenait encore dans sa main les restes de quelques sandwichs grecques que cousin Mahmoud lui avait refilé juste avant la fermeture du magasin, plus par lassitude de lutter contre le piaillement de deux petits affamés que par sens de la famille. Ils avaient mangé dehors sans causer, assis sur des dalles de bétons fracassées, et à défaut d’étoile ils avaient observé impassibles les voitures circuler dans les environs. Leurs yeux absorbés par le néant brûlaient soudainement lorsque des petits groupes de filles, groupuscules organisés et menaçants, passaient en délivrant des parfums aussi pesant que leurs tenues étaient légères. Le repas englouti, ils étaient restés un peu couillons, seuls dans un endroit encore plus solitaire qu’eux. La cité divorcée de son propre pays. Une petite brise s’était soudain élevée depuis l’asphalte grisâtre, et les deux compères s’étaient décidés à bouger. Mais où aller ? Sur son skate, Charlie guidait Ahmed pour une promenade improvisée qui fut alternée par des rencontres avec d’autres promeneurs fatigués. Au détour du parc, alors que Charlie s’était quasi castré en glissant sur une rampe, le Gros et ses potes les avaient salués. Quand le Gros vous salut, on vient à lui sous la peine de finir coursé par toute une bande d’accroc à la cocaïne. On appelait ses gars les ‘tonton chalumeaux’ parce qu’ils vous cramaient les noix pour moins de cinq centimes. La composition physique du Gros pouvait prêter à rire. Un menton masqué par une écharpe de chair graisseuse, un ventre élastique qui faisait un drôle d’effet yoyo à chaque fois qu’il respirait, et pour couronner le tout : une surprenante voix de jeune fille dont les fleurs recouvriraient par million son hymen sacré. Mais derrière lui ce cachaient la cruauté et la sauvagerie. Quand le Gros vous dit bonjour, répondez sous peine de finir en marron chaud.  « Hé venez là…ouais Ahmed me regarde pas comme ça, c’est à ta gueule de con d’arabe que je cause » fit d’un œil fauve le Gros quand il comprit que les deux promeneurs tentaient de l’esquiver en se réfugiant derrière un bosquet cancéreux.  La suite ne fut pas des plus agréables pour leurs oreilles presque innocentes. Le Gros, bien que dealer, maquereaux et chef de gang cocaïnomane, tenait à la sécurité de SON quartier. Instinct de propriétaire.  La police avait baissé les bras, et se reposait depuis longtemps dans un bar PMU retapissé par les crachats successifs des habitants. Ils apprirent donc que les putes et quelques petits dealers à son service avaient disparu, et que « si je surprends ces salauds en train de partouzer avec ma came, ça va chier ! ». Ils parvinrent à s’éclipser poliment, et c’est là qu’Ahmed réalisa qu’il trainait encore avec les restes du repas. Il était du genre méticuleux, et l’on pouvait deviner rien qu’a l’aspect global de sa tenue qu’il aimait l’ordre et la propreté. Les restes devaient aller dans une poubelle, c’était la règle. Pas question de céder aux soupirs de Charlie dont les yeux roulaient ironiquement.

L’ombre se retourna. Charlie et Ahmed eurent un mouvement d’hésitation. C’était des yeux incrustés de lignes sanglantes qui les fixaient à présent. Entre les poubelles, la tête perchée sur un long cou recouvert de poil semblait osciller à la façon d’une feuille morte préparée à une chute mortelle. Une goutte de sueur coula le long de la nuque de Charlie, ce qui eut pour effet de le sortir de l’immobilisme. Sortant des jambes d’Ahmed il aboya : « T’es trop con mec, c’est pas là qu’il faut dormir…vas-y casse toi, non mais hoooo ! ». L’homme fit une moue qui découragea le teigneux Charlie : aucune peur ne s’éveilla dans la fixité du regard qui les décortiquait.  Bien au contraire, il semblait étrangement heureux d’entendre une voix, même si le ton de celle-ci n’était guère aimable, et d’un autre coté  un air de conspirateur se peignit sur sa face déjetée. La glotte de Charlie se bloqua, tuée instantanément lorsque les premiers sons de la voix du squatteur se firent une place dans un silence pesant qui voulait alors envahir le local. Une sorte de raclement ferrailleux accompagnée d’une suite de grincements stridents.  Ils ne comprirent rien au début, mais l’autre répéta plusieurs fois tout en souriant d’une façon de plus en plus complice.

« J’ai cueilli des fleurs »

Quand leurs cerveaux embués saisirent le sens incongru de la phrase, leurs épaules s’affaissèrent de soulagement. Ahmed secoua la tête pour chasser la tension qui lui avait paralysé le corps.  Putain ! Les boules pour un pauvre clodo le cul dans les poubelles, mais t’es un pd ou quoi ?  se reprocha-t-il intérieurement. Un pauv mec tellement bourré qu’il veut nous donner des fleurs… Et Charlie de reprendre ses esprits. « Vas-y gardes les tes fleurs… » fit-il en jetant les emballages dans la poubelle la plus proche. Il s’était alors rapproché de l’homme et celui-ci commença à ouvrir un énorme sac de voyage sur lequel il s’était assis. « Non c’est bon mec garde les tes fleurs à la con… » anticipa Charlie qui voyait venir le coup. Le genre de combine de clodo pour gagner deux ou  trois piécettes afin d’aller chez l’épicier pour y acheter de quoi se murger la tronche et vomir son désarroi par terre. Une façon de dire merci à la ville.

« Elle aime tellement les fleurs. J’ai cueilli des fleurs pour elle »

Ce n’est pas parce qu’on a un physique ingrat et qu’on habite un coin légèrement faisandé qu’on a pas de cœur ni une once de compassion. Malgré toute la répulsion qu’ils ressentaient pour ce tas de loque, cette phrase, dite avec un timbre de voix qui charriait les images de paysages ravagés, porta un coup d’estoque  en plein cœur. Ahmed se massa le menton d’une main devenue presque fébrile.

« Tu parles de qui mon gars ? » demanda-t-il.

« Je suis fleuriste dans la rue saint Jule, et je l’ai rencontré là-bas »

L’homme cessa de fouiller dans le sac pour ouvrir un autre sac, celui de sa vie. Charlie regretta que son ami ait ouvert cette fontaine à jérémiade, mais après tout…entre ça et la Star Ac. Il leva les yeux, non au ciel mais vers un plafond lézardé, en imaginant le petit cul des apprenties gueulardes qu’il ratait ce soir.

« Elle aimait mes fleurs, surtout les roses blanches…ça lui rappelait la neige de son pays.  Elle venait de Hongrie. Je lui apprenais le français et elle voulait se marier avec moi. »

Charlie et Ahmed étaient assis sur le sol crasseux. Ils écoutaient, le cœur battant. La voix brisée de ce fleuriste déchu les captivait. Ils connaissaient la petite boutique dont il parlait, et bien qu’ils n’aient jamais compris l’utilité d’un tel commerce, ils se remémoraient le visage propret du petit vendeur qui se tenait désormais devant eux en piteux état.

« Elle me disait qu’il fallait faire vite parce qu’on risquait de la renvoyer chez elle. Mais un soir elle n’est jamais revenue…et tout ce que j’ai trouvé chez elle c’est un peu de cette poudre blanche qu’elle appelait sa ‘petite neige’. »

Les yeux du fleuriste se remplirent de sang. D’une main osseuse il essuya une larme coincée dans ses paupières.

« Je l’ai cherché partout. Et puis j’ai compris qu’elle était morte… »

Les deux compères s’y attendaient. Ils devinèrent que cette fille était une des nombreuses prostituées qui bossaient dans les environs. Le Gros n’aimait pas que ses filles se fassent des contes de fée. Ahmed et Charlie baissèrent les yeux en réalisant que ce fils de pute avait sans doute réglé son compte à la princesse du fleuriste. Un peu de poudre,  beaucoup d’arsenic et un fleuve. Le pauvre type avait laissé tomber sa langue au fond de sa gorge nouée. Mais contre toute attente, il poursuivit son récit.

« Ils l’ont tué. Mais qu’est ce que je peux faire d’autre que d’aller sur sa tombe pour y déposer les fleurs qu’elle aimait tant ? Alors voilà, je coupe les fleurs et je les dépose sur sa tombe  tous les soirs. Vous voulez m’aider à planter les fleurs que j’ai cueillies ?  »

Ils échangèrent un regard embarrassé. Il y avait quelque chose de magnétique dans la question de cet homme anéanti qui les poussa à accepter non sans un certain embarras. Ils quittèrent le local en direction du cimetière. Le fleuriste, portant sur son dos le sac à dos contenant les fleurs, tanguait comme un navire ivre. Charlie était soulagé que le mec ne demande pas de l’aide pour porter un sac aussi lourd. Non, parce que jouer les gentils croque-morts on veut bien, mais faudrait pas abuser…maugréait-t-il pour lui même. Mains dans les poches et mine renfrognée il scruta Ahmed auquel il en voulait de se retrouver la nuit à se la jouer cortège funèbre. Il ne pourrait pas voter pour l’expulsion de Maïkeul, ce chanteur à la bouche en trou du cul tout juste capable de lâcher des caisses grosse comme sa connerie. Quel enfer ! Si ce con reste, il se tapera encore des reprise de Brel en version R’NB au prochain show télévisé, et les oreilles de Charlie si elles pouvaient vomir ne se gêneraient pas le moins du monde de refaire la décoration du salon de ses parents. Ahmed sentait le petit nain dans son dos le cribler de flèches avec ses yeux de fouine. Il ne comprenait pas lui même pourquoi il avait voulu suivre ce paumé mélodramatique…mais ce destin l’avait touché, hé oui, touché en plein cœur, lui la terreur de sa génération. Et puis il détestait le Gros, et peut être voulait-il se remplir encore plus de haine à l’égard de ce fumier bedonnant. Une fois arrivé, les grilles du cimetière s’ouvrirent (le fleuriste en avait visiblement les clefs) sur le champ  désolé des tombes silencieuses. Le fleuriste les amena devant celle de son amour, et ils furent émus pour la première fois de leur vie. De toutes les tombes qui s’alignaient froidement dans les ténèbres, c’était la seule qui semblait vouloir montrer que la vie pouvait encore jaillir de la terre la plus morte. La pierre était entièrement cachée par un surprenant tapis de roses blanches qui donnait l’impression qu’elles avaient bravement percé de leurs délicats pétales la roche la plus dure. Du lys poussait tout autour de cette forêt immaculée telle une muraille vivante prête à donner sa vie pour éviter que des pieds maladroits n’écrasent les roses. Au sommet de la tombe, un petit bouquet de roses rouges rayonnait comme un cœur incandescent au dessus de nuages auxquels la lune donnait des reflets argentés. Le fleuriste resta interdit pendant de longues minutes pendant que les deux adolescents oubliaient complètement qu’ils vivaient sur terre, puis il posa son sac et plongea les mains dedans avec une nervosité de pèlerin arrivée devant son idole. Toujours confus, Ahmed et Charlie observèrent vaguement l’homme planter tout autour de la tombe des piquets de fer. A force de les frapper avec un maillet  pour les enfoncer dans le sol rocailleux, son visage devint aussi rougeâtre que ses yeux qui se perdaient dans un chagrin de plus en plus noir. Ce n’est qu’une fois tous les piquets plantés que le fleuriste s’accorda un moment de répits. Ils s’aperçurent que cet effort avait été pour lui épuisant et spontanément ils allèrent vers le sac pour en sortir les fleurs afin de les mettre en place. A peine Ahmed ouvrit-il le sac que le fleuriste avait saisi son bras de sa main desséchée.

« Je vous en prie faites attention, ce sont des fleurs très rares. Faites attention en les sortant des sacs plastiques… » dit-il en serrant le bras plus fort que n’aurait pu le penser Ahmed pour un homme dans son état.

« Z’en faites pas m’sieur, je vais juste vous sortir les sacs plastiques» le rassura Ahmed en tapotant l’épaule du squelette qui le suppliait des yeux.

Charlie ne comprit pas tout de suite pourquoi Ahmed, les mains enfouies dans le sac de voyage, fouillant l’intérieur avec précaution pour contenter le fleuriste névrosé, perdit en un instant toutes les couleurs que lui avait donné son origine maghrébine. Il était devenu plus blanc qu’aucun skinhead ne le deviendrait jamais. Ses yeux étaient tellement sortis de leur habitacle que Charlie les imagina tomber et rebondir comme deux balles de ping-pong. Puis se fut la débâcle : le grand corps fut happé d’un grand frisson et l’ensemble se cassa la gueule d’un coup. Par terre, K.O, évanoui le caïd de la cour de récréation. Charlie se fit encore plus petit qu’il ne l’était. Je suis pas là, je suis sur le canapé chez mes parents et je mate un porno…tenta-t-il vainement de se persuader. Le fleuriste resta un peu étonné et passa du corps étendu au sac d’un œil inquiet. Il haussa les épaules en signe d’incompréhension puis sortit un des sacs plastiques. Charlie aurait aussi aimé tomber dans les pommes. C’est bien la seule fois de sa vie où il souhaita être une couille molle comme on en voit dans les films pour pouvoir beugler comme une gonzesse et courir. Mais la peur peut aussi être une apathie complète du corps qui décide de rester conscient mais malencontreusement engourdi jusqu’aux os. En revanche, si tous ses muscles étaient trop hébétés pour agir, sa vessie, un brin réac sur les bords, décida de protester et se relâcha carrément. Bref, Charlie ne pouvait échapper à la suite. Le fleuriste réalisa son œuvre comme si de rien n’était. Des mystérieux emballages il fit surgir des têtes décapitées qu’il enfonça sans sourciller sur les piquets métalliques. Charlie dont le pantalon se remplissait d’une ondée chaleureuse, bien maigre réconfort, reconnu certains des dealers du Gros. Dix têtes finirent empalées jusqu’au crâne autour de la tombe, la mâchoire tombante et les yeux révulsés. Une fois que les têtes sanguinolentes furent à leur place, l’homme s’agenouilla face à la tombe et commença à parler comme si une personne se tenait devant lui.

« Je t’apporterais les autres fleurs demain. J’en ai vu de très jolie dernièrement. Tes amies sont parties avec la poudre blanche et l’argent, je pense que tout ira bien pour elles.

Oui. Moi aussi.

Je suis content que ça te fasse plaisir.

Non, ne te fais pas de soucis pour moi, la grosse fleur ne risque pas de se faner avant que je la cueille.

Oui hi hi hi. Je sais.

Non, ils sont avec moi, ils voulaient voir ta tombe. Ils sont gentils.

D’accord.

Je t’aime.

Oui. A demain ma chérie. »

Le fleuriste laissa Charlie seul. Il disparu à l’ombre des tombes qui devenaient rieuses sous la pluie de pétale rouge que faisait pleuvoir le maigre corps boiteux autour de lui. Dix visages amorphes scrutaient la tache sombre entre les jambes de Charlie. « Alors tapette, tu t’es pissé dessus ? » jazza sournoisement l’une d’elles dont le barre métallique apparaissait distinctement entre les dents qui claquaient. Charlie, illusion ou pas, lui fut reconnaissant, il s’écroula à terre et rejoignit Ahmed au pays des évanouis.

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Je me souviens…

Je me souviens…

Je me souviens de la douce voix d’Azathot, coulant comme un miel de chair sanglant dans le néant. Nous n’étions rien. Deux êtres aveugles et à peine conscients d’exister. Entourés d’une brume cadavéreuse, nous dormions en paix sans aucun autre désir que d’écouter nos corps invisibles se dissoudre lentement dans le vide.

La vie est pour moi une atrocité. Mais ici, ils ne veulent pas me comprendre. Ils restent pétrifiés à la vue de mes yeux lunaires jaillissant de la pénombre de ma cage. Je commence à comprendre leur sensibilité, et j’admets que ce que j’ai pu faire puisse et perçu avec autant d’horreur. L’inspecteur Chabare aux petits yeux en épingle semble épuisé de jour en jour, ses mains tremblent lorsqu’il me parle et la peau de son visage donne l’impression de s’intégrer dans ses os.

Je lui dis tout.

Je ne cache rien.

Pourquoi mentir, alors qu’Azathot du fond de notre berceau humide appel car il s’ennuie sans moi ? Chabare m’a fait comprendre que mes actes atteignent un tel niveau de barbarie (ce sont ses termes, moi je n’y voyais qu’une façon de communiquer) que non seulement le peuple uni mais aussi le gouvernement sont à deux doigts de réamorcer la peine de mort. Je suis une goutte qui fait déborder leur précieux vase, leur vase constitué au fil des siècles et qui est le symbole de toute leur tolérance. Moi je n’en demande aucune, mais visiblement Chabare aimerait que je sois fou, tout comme le psychologue qui a fait mon profil. Cependant, cet homme petit et glabre, au menton si pointu que j’avais envie d’enfoncer sa tête dans un mur afin de le clouer là pour en faire un tableau de viande pourrissante, cet homme là demeure désormais chez lui en total dépression nerveuse. Il sait, même si tout lui échappe hormis cela, que je ne suis pas fou.

Comment peut-on nier l’évidence ? Je n’ai rien oublié des premiers instants de ce qu’ils appellent la vie. Azathot chantait et moi, qui n’avais pas encore appris à dire ‘je’ ou ‘moi’, je louais la beauté de ses notes qui faisaient frémir les atomes. Ah, ces notes longues comme des filaments d’aurore sans fin qui résonnaient en moi pour faire naître des soleils violents. Elles s’allongeaient dans l’espace entraînant avec elle des halos brûlants de matière noire condensée. Puis vint la vie, c’est-à-dire l’expulsion brutale d’une grotte sanguinolente dans laquelle j’entendais un organe grossier que vous appelez cœur, au battement si tristement régulier que je pleurais déjà dans le ventre de cette mère. Mais la mémoire m’était restée, accrochée de ses pattes crochues aux moindres nerfs de ce corps péniblement symétrique. Je n’ai rien compris à votre monde, mais je le découvrais néanmoins avec une certaine résignation malgré mon étonnement constant. Je ne compte pas m’étendre sur la façon dont j’ai appréhendé les différentes années de mon existence qui se sont écoulées parmi vous, car vous y percevrez une critique cruelle au lieu d’y voir là simplement la vision d’une sensibilité tout autre que la votre.  Dans ce monde il faut se nourrir, à Chabare, élève doué, cela paraissait une évidence quand je lui racontais que bien des fois je faillis mourir de faim car je ne voyais pas l’intérêt de se nourrir. Je n’en avais même pas le reflexe, car ce corps amorphe obéissait aux instincts qui étaient les miens. Vous avez appelé ce mal, anorexie. Comme vous êtes heureux de mettre un mot sur le moindre des maux qui vous ronge. Comme si cela pouvait le conjurer.  J’étais donc devenu anorexique. J’ai subis cette manie toute la durée de ma jeunesse. Le besoin de se reproduire me faisant défaut, j’étais donc catalogué homosexuel ce qui signifiait que j’aimais avoir des relations sexuelles avec des humains de sexe masculin, ce qui en réalité ne me captivais pas plus que le reste. J’ai pu comprendre par ailleurs la notion de différence de sexe a cette époque ci mais aussi de façon intime ce que sont les préjugés. C’est aussi à ce moment là, que je compris pourquoi je ne devais jamais porter de robe.

Pourquoi suis-je si loin de l’endroit de ma naissance ? Je me rappelle que j’étais une chose plate et molle qui se laisser glisser sur des courants d’ions. Mais ce n’étais pas un corps comme le votre avec des organes mais plutôt une essence subtile qui possédait tout de même une organisation dans l’espace mue par des interactions complexes.

Je me souviens quand j’ai pour la première fois entendu la voix d’Azathot dans votre monde bien réglé. Elle ne venait plus de mes souvenirs parfumés, mais d’ici, du ‘réel’ comme vous vous plaisez à dire pour vous rassurer les nuits particulièrement sombres et silencieuses où vous avez la sensation soudaine mais inexpugnable qu’une porte sidérale s’est ouverte par erreur non loin de vous.  Je coupais des rondelles de tomates avec un couteau, et rêveur je n’avais pas pris garde à la lame qui s’était mise à tailler jusqu’à l’os les phalanges qui tenaient le fruit. Le sang en coulant cria alors tel un orage d’apocalypse et c’est dans le tumulte sonore que je reconnu le chant d’Azathot qui pleurait ma disparition.  Sa voix bien que brouillée par la cacophonie pénétra mon corps à la façon d’une décharge électrique. Mon corps survolté bougea à la manière d’un poisson sortit de l’océan qui cherche désespérément à expirer le trop plein d’oxygène. Les médecins m’examinèrent et finirent par appeler cela une crise d’épilepsie. A la sortie de l’hôpital, je sus ce que je devais faire pour écouter à nouveau les notes amoureuses de mon ami, et l’hésitation de mon corps à subir des blessures ne dura pas longtemps face au plaisir extatique que je ressentis lors de mes nombreuses scarifications.

J’entendais ta voix, et le clapotis des vagues du néant se briser sur mon cœur d’homme quand le sang coulait le long de mes membres. Je sentais presque les particules baryoniques se briser lors de ton lamento, déversant leurs restes en larmes énergétiques. Le souvenir remontait et broyait ma gorge, étouffant la douleur de ses mains où fourmillent des étincelles venue de l’infini. Le ciel éclatant, je te sentais en mourant presque sur le carrelage glacé, le ciel grondant, des flammes de fièvre perdaient mes yeux dans les constellations lambrissées d’étoiles bleutées.

Hélas.

Ta voix mourait.

Mon sang s’épuisait de la mémoire qu’il détenait.

J’oubliais, et dans la rue les autres, l’œil huileux et la bouche en cul, me voyaient pleurer suspendu au réverbère comme s’il était la seul ancre capable de retenir l’agonie de m’élever vers des cieux dévastés.

C’est surtout ce moment de ma vie qui a intéressé l’inspecteur Chabare. Je menais une vie considéré exécrable par les autres biens pensants. Je me laissais maigrir et ne travaillais plus. Le travail  est un autre aspect de votre monde que je n’ai jamais réussi à vraiment saisir. Touchant un héritage et le chômage, je gaspillais l’argent pour me divertir afin de ne plus penser. Je me fondais dans la masse des étudiants saouls gorgés de philosophie, des partouzes de millième âge baisant sans fin, des hooligans sans peur désireux de crever pour une balle de cuir, et des gothiques sillonnant les cimetières pour réciter des vers écrits de la main même de Lucifer. Chaque fois mon corps nu couvert de quadrillages étriqués, un véritable grillage de fer dévoré par la rouille,  donnait aux faces de mes compagnons de divertissement la teinte d’une lune livide, rongée par une maladie incurable leurs paupières se cernaient de veines verdâtres. Ils finissaient par éviter le bruit de mes pas. Ils chuchotaient dans l’ombre qu’un homme fou rodait parmi eux et la peur crevait leurs testicules mollassons. J’oubliais mes origines et je me coulais dans leur bêtise humaine avec une sorte de plaisir abrutissant. Je me faisais une peau d’homme. Puis vint l’accident qui m’amena dans cette geôle visitée par des voyeurs aux questions abasourdies.  Un mâle robuste voulu me frapper, me répandre sur le sol tel une céramique s’éparpillant en bout de chair. J’espérais sincèrement qu’il y parviendrait, et que de mon sang jaillirait la musique d’un autre temps. Mais un autre sort m’était réservé. Encore maintenant, j’ignore totalement pourquoi les choses en sont arrivées là. Certains parlent d’instinct de survie ou bien le noyau dur et luisant d’une haine implacable pour votre genre avait fini par éclore en mon sein, mais je crois en autre chose…Est-ce toi, Azathot, qui guida mes poings ? L’homme se retrouva à terre et mes poings s’enfoncèrent dans son visage jusqu’à se que la chair fut expulsée, jusqu’à ce que les os rencontrent la cervelle, et jusqu’à ce que cette cervelle fusse crachée contre ma face impassible. Tu criais de joie mon ami. Chaque fois que je frappais cet homme, tu explosais de joie. Tu me parlais avidement de ta peine et de tes espoirs. Le sang de l’autre maculait mes membres hystériques, nous parlions enfin réunis. Des ondes millénaires vrillaient les tympans enfouis dans mon crâne, ta voix retournait mon cerveau pour y redécouvrir les souvenirs perdus. Des palais d’électrons oscillant dans des nébuleuses irisées.

Je pus m’enfuir sans que personne ne cherche à me stopper car le corps, dont la tête désormais était incrustée sur le bitume, captait l’attention entière de ces parodies de mouches globuleuses. Recherché, pour ce que vous appelez meurtre, je me cachais sans qu’aucun ne puisse me retrouver dans les égouts de la ville. J’y trouvais de quoi me nourrir en détritus et rats.  « Cela est impossible à vos yeux de se passer de ce confort sur lequel vous vissez si fièrement votre cul flasque, mais voyez vous, mon seul réconfort et le secret de ma naissance » avais-je dis à Chabare dont la mâchoire semblait vouloir se dissocier de sa tête ahurie. De rats et de vomissures. Je t’avais de nouveau perdu, mais je savais ce qu’il restait à faire. J’attrapais tout d’abord des hommes dans les ténèbres de mon repaire. Des hommes drogués faciles à berner. Suivant le diable pour leur came, et leur brioche fendue en mille, les intestins sans dessus dessous, demandant encore un peu de dope se fichant bien de la mort et de la torture. Nous dialoguions de longues heures en suppliciant nos victimes, et pas un seul instant la souffrance de ces téléphones humains ne me dérangea.  Nous nous lassâmes de ces énergumènes au bout de quelques semaines, et il devint clair que la communication serait de meilleur qualité avec des êtres plus faibles par rapport à la douleur. Chabare a manqué vomir quand je lui ai donné tout les détails des tortures que j’infligeais aux enfants et aux femmes que je capturais. J’avoue ne pas comprendre encore maintenant à quel point tout cela vous révulse, bien que je sache que cela fut illégal.  Ne feriez vous pas la même chose à ma place ? Ah, si vous aviez ressenti toute la puissance sereine de ce semi sommeil, l’harmonie superbe de cette parfaite quasi inexistence. L’ombre de ce glapissement stellaire. L’image lointaine d’une lumière éthérée qui semble caresser chaque particule dans l’espace non euclidien. Je vous ai vu commettre au nom de choses ridicules le sacrifice des vôtres par millions sans sourciller de honte. Avec le temps vous collez toutes ces pages d’histoires sanglantes dans des livres qui vous permettent de rationaliser vos actes, de les accepter sans culpabiliser. Alors pourquoi me désigner ainsi en hurlant, pourquoi me haïr ? Votre Amour avec un grand A n’est-il que pour ceux qui se regardent tendrement pendant toute leur vie, l’air sage et paisible, des gens propres, des gens convenables. Ne peut il être enfin de compte informe, intemporelle, asexué ?  Ne peut il venir du sang, de la mort et naître dans les replis d’un corps décortiqué et souffrant, ne peut il être éliminé ce grand inutile qui ne vit que pour manger afin de me permettre de parler à celui qui m’appelle et se languit de moi ?

« Monsieur Lagache, compte tenu qu’il est prouvé que vous n’êtes pas fou, que vous avouez tout, les conséquences sur l’opinion publique sont désastreuses. Je commence à me demander si cela n’était pas votre intention de jeter de tels troubles dans ce pays. Vous rendez vous compte qu’on frise l’émeute civile ? Le gouvernement refuse la peine de mort, même pour vous, mais vos crimes… » Faisaient les lèvres de Chabare. Depuis quelques temps, seules les lèvres de Chabare paraissaient vivantes, car le reste entier du corps était plongé dans une sorte de léthargie placide. « Vos crimes monsieur Lagache…vos crimes… » bloquaient les lèvres émues. Si le corps de Chabare avait la force de pleurer ce ne serait que par ses lèvres percées de larmes rouges, car tout le reste demeurait statufié. Peu de victimes en fin de compte, à peine une cinquantaine, mais je dois concéder que les corps n’étaient pas dans un état qu’on puisse trouver agréable à voir même pour un homme possédant son expérience. Mais a-t-on réellement le choix ? Il est si aisé de dire oui. Mais les moralistes sont les pires assassins de la vérité. J’ai enfin discerné une similitude entre ici et mon lieu de naissance : tout est en interaction et des lois précises les régissent, et cela est d’autant plus marqué ici. Votre Liberté n’est présente que lors des infimes instants où les Lois (que ce soient celles de la chimie, de la physique, des mathématiques de la biologie…) atteignent les limites  de votre compréhension. Bien évidement, la liberté parait bien exagérément vaste à celui qui est ignorant. Je n’aurais pas l’audace de dénigrer chez vous de l’intelligence, mais de la même façon que l’inspecteur Chabare me dégoûte en pensant savoir ce que je suis, bien qu’il est évident à présent que son corps ait deviné avant lui certaines choses, vous vous glorifiez souvent avec une force terrifiante d’avoir inventé du vide.

Ta voix me manque. Ils m’ont enfermé. J’ai peine à me retenir de leur sauter dessus pour leur arracher la peau avec les dents, mais de toute façon je suis à l’état de momie de chaîne et de cuir. Ces idiots veulent me briser. Ta voix me manque tant. Ou est passé le doux crépitement de n’être presque rien. Un amoncellement immatériel voguant aveugle vers nulle part. Tu savais que cela devait finir ainsi, heureusement. Je me maudis d’avoir raté alors que tu avais trouvé la solution. J’avais plongé les mains dans la bouche de ce jeune garçon qui rêvait de devenir pilote pour en arracher la langue. Tu t’exprimas une fois la bouche de l’enfant cousue, après y avoir glissé des centaines de blattes de la taille d’un pouce, de ce ton qui engloutissait tout mon être pour le ramener vers toi. Bon sang, que la solution était simple. Hélas, ils vinrent, héros flingueurs. Ils me coupèrent de toi, sans me donner une chance de réaliser mon rêve d’être dans tes nuages d’hydrogènes bouillonnants. Ils auraient pu me tuer, mais non. Ils veulent me comprendre. Ils veulent me forcer à admettre que je suis fou. Ils veulent me rationnaliser dans des études de psychanalyse, me digérer dans leurs journaux télévisés, m’écorcher scientifiquement, me sacrer tueur en série. Ils veulent se prouver que je ne suis pas vraiment existant, que je ne suis que mots et images, que ce que je dis et sans fondement, que leur monde est parfait. Ils fouillent, ils me violent, me rouent de coups, se vengent, me protègent de moi-même, d’eux même, leur conscience, leurs valeurs. Ils ferment les yeux et les rouvrent pour mieux vomir encore une fois. Bienvenue au zoo. Je suis une bête de foire. Un déraillement de train catastrophique projetant des morceaux de corps un peu partout. Ils sont pervers. La foule crie à mort, la société crie en vie. Les unités appartenant au groupe doivent obéir aux règles du groupe.

On m’enferme loin de toi.

On se rassure.

Le méchant est oublié dans la noire prison.

Il n’a pas existé.

Non.

Légende.

On chuchote son nom.

Tout bas.

J’entends encore la voix d’Azathot : « Meurs, rejoins le néant. La mort n’est pas la fin. Ne crains rien, je serais là pour t’accueillir dans la spirale de ma flûte faite de milliers de galaxies de braise resplendissantes…rejoins moi mon aimé »

Mes yeux de lune les effraient dans les ténèbres.

J’attends.

Patiemment.

Car nul corps de chair n’est immortel, je sortirai de cette prison.

Et l’astre noir que j’étais, et n’étais pas vraiment, ressurgira pour virevolter au coté d’Azathot.

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L’échec

L’ECHEC

Synopsis

Un prisonnier suite à un homicide involontaire perd l’esprit lors de son incarcération. Rongé par la culpabilité, il se crée une seconde prison intérieure en s’enfermant dans un jeu avec lui-même. Le prisonnier a déjà fini de purger sa peine, mais étant donné l’horreur que lui inspire son propre crime, malgré son caractère involontaire, il s’interdit le pardon et refuse inconsciemment de quitter sa cellule. L’équipe médicale et les gardiens ne le trouvent ni assez dangereux pour être interné ni apte pour sortir de prison. Le héro oscille entre l’irresponsabilité de son acte (le rat) et sa culpabilité. Hanté par ceux qui sont mort à cause de lui, il est incapable d’admettre avoir failli à conduire correctement la voiture qui provoqua l’accident.

Le film

L’échec parle de la culpabilité d’un homme ayant causé involontairement la mort. Il le traite dans le milieu carcéral ce qui aborde les thèmes de l’enferment, tant physique que mental. On retrouve le thème du jeu mais aussi du complot (les pilules qui changent de couleur, le mutisme du médecin et les gardiens qui harcèlent le héro) et de la folie (le rat, les rêves, l’excentricité du personnage). Le film traite aussi de la notion de liberté : avant tout le héro cherche à se libérer (via le jeu d’échec) non pas de la prison mais de lui-même et de ses peur.

Les personnages

Joey : le héro du film. Joey n’accepte pas de sortir car il se sent tellement coupable. Il pose la question : en quoi après avoir commis un crime, le temps d’incarcération justifie t’il la fin de la culpabilité. Il s’infliger un jeu sans fin lui interdisant toute rédemption. Il a des visions de Marco, mort suite à son erreur de conduite et d’une femme et de son jeune garçon.. Joey se crée des personnages qui tentent chacun de remettre sa raison dans une direction pour qu’i accepte de sortir de prison :

Marco : Le pote du braquage, mort lors du carambolage. Il veut expliquer l’état de Joey par les médicaments que lui administre l’infirmier. C’est la face  de Joey méfiante et terrifié par le complot.

Roger : C’est le petit garçon qu’il a tué mais plus vieux, comme si Joey l’imaginait tel qu’il aurait été s’il avait pu vivre. C’est la face mystique de Joey qui lui explique le lien entre son sentiment de culpabilité et ses hallucinations.

Le Rat : c’est la vérité que ne veut pas entendre Joey. Il incarne l’erreur de conduite de Joey et le rat reproche à Joey de s’enfermer dans la folie plutôt que d’affronter sa liberté. Joey perd contre lui la partie d’échecs car le prix en est la liberté.

Scénario disponible en PDF pour ceux qui veulent le lire ^^

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Quelques photos de Bernes manipulées

Ces photos ont été revisitées avec photoshop ^^

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Nature surealiste

Photos originales prises en Australie – Sydney (royal national parc et à manly).

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Photos choisies australie – Cairns

Voici quelques clichés de Cairns et principalement de la barrière de corail et de la daintree forest à proximité ^^

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